À Ibiza, où l’industrie électro aime souvent célébrer sa puissance festive, certains rendez-vous rappellent qu’elle peut aussi se mobiliser autrement. En 2026, le Bridges For Music IMS Ibiza Charity Cycle revient avec une ambition claire : faire du sport un outil concret de solidarité, et transformer un effort collectif en opportunités réelles pour des jeunes issus de communautés défavorisées d’Afrique du Sud.

Prévue le jeudi 23 avril dans le cadre de l’International Music Summit Ibiza 2026, cette nouvelle édition réunira une affiche singulière, à la croisée du sport de haut niveau et de la scène électronique. La DJ et productrice Miss Monique participera à la ride aux côtés de l’ancien coureur cycliste professionnel Taylor Phinney et de Zdenek Stybar, figure majeure du cyclo-cross mondial et vainqueur d’étapes sur les Grands Tours. Une distribution qui, à elle seule, donne le ton : ici, la performance n’est pas une fin en soi, mais un moyen de soutenir une cause.

Car derrière cette traversée d’Ibiza se joue quelque chose de plus large qu’un simple défi sportif. Soutenue par AlphaTheta en partenariat avec IMS Ibiza, la course a pour objectif de lever des fonds pour Bridges For Music, une organisation qui finance des parcours d’éducation musicale et de développement personnel pour des jeunes vivant dans des environnements sous-dotés, notamment en Afrique du Sud. L’enjeu ne se limite pas à former de futurs producteurs ou DJs : il s’agit aussi de donner accès à des outils plus invisibles, mais souvent décisifs — la confiance en soi, la prise de parole, le mentorat, la capacité à se projeter.

C’est précisément ce que veut rappeler cette édition 2026, très centrée sur la notion d’impact. Qui l’impulse, qui en bénéficie, et qui choisit d’y prendre part. Dans ce cadre, la présence de Miss Monique n’a rien d’anecdotique. Devenue l’une des artistes les plus influentes de la scène progressive et melodic, la DJ ukrainienne s’est imposée à l’international tout en portant un récit marqué par le déplacement, la résilience et la reconstruction. Installée à Lisbonne après avoir dû quitter son pays, elle incarne une figure pour qui la musique ne se résume pas à la visibilité ou à la performance, mais peut aussi devenir un langage de résistance et de lien.

Sa participation au charity cycle s’inscrit dans cette continuité. Pour elle, l’effort physique et l’engagement caritatif prolongent une même énergie : celle du mouvement, du dépassement et de la connexion aux autres. Une manière aussi de rappeler que l’écosystème électronique, souvent jugé autocentré, peut produire des gestes collectifs porteurs de sens.

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Mais l’impact de Bridges For Music se mesure surtout dans les trajectoires des jeunes qu’elle accompagne. Parmi elles, celle de Thando, originaire de Langa, au Cap, occupe une place centrale dans le récit de cette édition. Ayant grandi dans l’un des townships les plus riches culturellement mais aussi les plus fragilisés économiquement d’Afrique du Sud, il a d’abord appris la production musicale seul, en ligne, faute de pouvoir accéder à une formation structurée. Son entrée à la Bridges Academy a changé la donne : à son apprentissage autodidacte se sont ajoutés un cadre, des mentors et une validation essentielle de son potentiel.

Aujourd’hui, Thando travaille à affiner son identité artistique tout en construisant une trajectoire à la hauteur de ses ambitions. Et en participant lui-même à la ride d’Ibiza, il franchit un nouveau cap. Le symbole est fort : il ne s’agit plus seulement de recevoir un soutien, mais d’entrer pleinement dans une dynamique de dépassement et de représentation.

C’est là que cette initiative prend toute sa portée. Le IMS Ibiza Charity Cycle n’est pas pensé comme une simple parenthèse philanthropique greffée au calendrier d’un sommet professionnel. Il cherche au contraire à créer un espace de rencontre entre artistes, athlètes, acteurs de l’industrie et jeunes talents, dans un cadre où l’engagement passe par l’expérience partagée. Rouler ensemble sur l’île, ce n’est pas seulement récolter des fonds : c’est rendre visible une chaîne de solidarité, relier des mondes qui se croisent rarement, et rappeler que les industries culturelles ont aussi une responsabilité sociale.

L’événement promet d’ailleurs une expérience pensée pour attirer bien au-delà du cercle des cyclistes aguerris. Les participants auront accès à des parcours encadrés, à une assistance mécanique, à une communauté internationale de riders, à un équipement dédié, ainsi qu’à l’accès à IMS Ibiza et à la célébration de clôture de Dalt Vila. À l’arrivée, un dispositif bien-être et récupération viendra prolonger l’expérience. Tout est conçu pour faire de cette journée un moment de challenge personnel, mais aussi de partage.

C’est peut-être là que réside la force du projet : rendre l’engagement accessible. Pas besoin d’être un athlète professionnel pour participer. Pas besoin non plus d’être une star mondiale pour contribuer. Le message porté par Bridges For Music est plus simple — et plus exigeant — que cela : venir, s’impliquer, se dépasser, et comprendre que cet effort peut aider d’autres à construire leur avenir.

À Ibiza, où tant de récits tournent autour de la fête, du prestige ou de la performance, cette ride propose une autre narration. Une narration où la musique, le sport et l’éducation cessent d’être des mondes séparés pour devenir des outils de transformation.

Miss Monique sera au départ. Zdenek Stybar aussi. Taylor Phinney aussi.
Et quelque part derrière cette ligne de départ, il y a aussi l’avenir de jeunes comme Thando.