Horst 2026, le bon signe quand tu ne reconnais aucun nom

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Disclaimer à l’attention des puristes
Oui, on sait. Vous connaissez déjà tous les noms du lineup. Évidemment. Vous avez fait vos recherches, fouillé Discogs, écouté les pressages originaux, et le vinyle, de toute façon, c’est la seule vraie manière d’écouter de la musique. Très bien. Cet article ne s’adresse pas à vous. Il s’adresse à celles et ceux qui ont encore envie de découvrir, de se perdre un peu, de ne pas tout reconnaître, et pour qui ne pas connaître un nom n’est pas un défaut, mais souvent une très bonne nouvelle.

À l’heure où de nombreux lineups de musiques électroniques ressemblent à des copier-coller dictés par l’algorithme et la valeur insta/tiktok des noms, Horst Festival continue de tracer une trajectoire singulière. Pour son édition 2026, l’organisation basée à Vilvoorde annonce une programmation qui refuse la facilité de la reconnaissance immédiate, au profit d’une vision construite autour de l’évolution, du contexte et de l’impact culturel à long terme.

De retour à Asiat Park du 14 au 16 mai 2026, Horst présente un programme musical façonné par la transformation plutôt que par la répétition. Plus de 120 artistes y sont invité·es, issu·es de styles, de générations et de territoires différents, mais réuni·es par une même conviction : la musique de club reste un espace de célébration, de transformation et de prise de position politique.

8. Weaving Weeds © Willem Mevis
8. Weaving Weeds © Willem Mevis

Horst propose un contre-modèle assumé. Ici, pas de course à la tête d’affiche ni de surenchère de notoriété, mais un travail de fond qui met en avant des mouvements périphériques, des sous genres de niche et des artistes dont le travail nourrit une réflexion plus large sur la culture club. La programmation privilégie l’art musical et l’influence sur le long terme, plutôt que l’impact instantané.

« Nous ne sommes pas intéressés par la répétition de ce qui fonctionne déjà », explique Simon Nowak, Head of Music de Horst. « La programmation 2026 est pensée autour de l’évolution, en donnant de l’espace à des artistes dont le travail porte du sens, une intention et une résonance culturelle durable. Chaque choix reflète notre manière de concevoir la culture club comme quelque chose de vivant, en mouvement, et non comme une boucle à exploiter. »

Cette approche se traduit par un lineup qui fait dialoguer figures fondatrices et voix contemporaines, sans nostalgie ni hiérarchie artificielle. Des artistes comme Todd Edwards, Stacey Hotwaxx Hale, Gilles Peterson accompagné de MC Rob Galliano ou Daphni s’inscrivent aux côtés de projets incarnant une scène en mutation, de DJ Swisha à Moxie, en passant par DJ Fart in the Club, Ehua, Yu Su ou Carré.

La notion de communauté, plutôt que celle de star, structure l’ensemble de la programmation. Horst met en avant des projets partagés et des formats collaboratifs qui font sens musicalement, comme Call Super et Parris avec Can You Feel the Sun, livwutang et Priori, Beatrice M. et Mankiyan, ou encore Night Moves porté par Jade Seatle et Jane Fitz. Autant de propositions qui témoignent d’une attention particulière portée aux scènes, aux liens et aux continuités plutôt qu’aux logiques d’exposition individuelle.

Fidèle à son intérêt pour les formes imparfaites et les expériences ouvertes, Horst accorde une place importante au live et aux formats hybrides. De Barker à Om Unit avec Acid Dub Studies, de SnPLO à Takuya Nakamura ou OK EG, la programmation brouille volontairement les frontières entre performance et dancefloor. D’autres projets réunissent DJs et producteurs dans des configurations inédites, comme Jump Source ou Kaito-Kai, prolongeant cette idée d’expérimentation collective.

 Dark Skies © Jeroen Verrecht
Dark Skies © Jeroen Verrecht

La scène belge au cœur du projet

L’édition 2026 confirme également le rôle central de la scène belge, plus visible que jamais dans des créneaux clés du festival. Loin d’un simple clin d’œil local, cette présence massive traduit une volonté de construire dans la durée, en plaçant les artistes du territoire au cœur de l’identité sonore de Horst. De selectors club comme AliA, Altinbas, Ben Kamal, Clara D, DJ Rino, Nefeli, ONEY ou Shabz, aux propositions live de Natasha Pirard, PiP et Ambroos De Schepper, ou Jan Loup et Mika Oki, la scène locale est pensée comme un moteur, pas comme un décor.

À l’échelle du site, Horst poursuit son travail de décloisonnement entre disciplines. Performances hybrides, formats transversaux et collaborations inattendues redéfinissent les usages de l’espace et du temps. Susobrino et son Susonidos Block Party, DTM Funk avec Black Gravity Dance, la création hybride de Front De Cadeaux ou encore la cérémonie de closing imaginée par Le Motel incarnent cette volonté de faire du festival un lieu de rencontre et de transformation, plutôt qu’une simple succession de concerts.

Les dimensions curatoriales viennent renforcer cette approche. The Lot Radio et Kiosk Radio prolongeront leur collaboration avec une programmation streaming conjointe, tandis que Resident Advisor co-curate à nouveau le pavillon Weaving Weeds, approfondissant l’exploration de territoires expérimentaux, wave et bass.

Dark Skies © Illias Teirlinck
5. Dark Skies © Illias Teirlinck

Le programme arts et architecture de Horst 2026 sera dévoilé fin février. Les derniers billets sont disponibles, avec les pass du jeudi actuellement en vente, et un nombre limité de tickets pour le vendredi et le samedi qui sera mis en ligne après l’annonce du découpage jour par jour le 22 février.

 Ring © Julien Janssens
Ring © Julien Janssens

Dans un contexte où la reconnaissance des noms tend à remplacer leur pertinence, Horst rappelle une chose essentielle. Si tu ne reconnais presque aucun nom sur le lineup, ce n’est peut-être pas un problème. C’est peut-être le signe que la culture club continue, quelque part, à faire exactement ce qu’elle devrait faire, c’est à dire à avancer.