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23
Posted by
Gandalf
Date
janvier 26, 2026
Categories
Clubbing NewsLifestyleUncategorized

Hot Take : Reprendre la scène à ceux qui s’y regardent trop.


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Hot Take : Reprendre la scène à ceux qui s’y regardent trop.

Article en anglais

À mesure que la scène électro s’est institutionnalisée, professionnalisée et mondialisée, une autre dynamique s’est installée : celle de l’égo. Un égo omniprésent, multiforme, rarement interrogé, parfois adulé, qui façonne aujourd’hui les rapports de pouvoir, l’économie de la nuit et même la manière dont la fête est vécue.

Ce problème ne concerne pas uniquement les DJs, même s’ils en sont la figure la plus visible. L’égo traverse toute la chaîne : artistes, organisateur-ices, agences, médias et public. Tant qu’il n’est attaqué qu’à la marge, rien ne change vraiment. Tant qu’il n’est pas remis en cause structurellement, la scène continue de se vider de ce qui faisait sa force première : le collectif.
Et c’est le but de cetarticle, opposer l’égo à la communauté, et il n’y a que la communauté qui sauvera notre scène.

À l’origine, le DJ n’était pas une icône. Il ou elle était un-e employé-e du club, au service d’un lieu et d’un public. Son rôle n’était pas d’être regardé, mais de faire danser. La musique primait sur la personne, l’expérience sur l’individu. Cette relation s’est progressivement inversée lorsque le DJ est devenu une valeur marchande, un produit identifiable, monétisable, exportable.

À partir du moment où un artiste devient bankable, la donne change. La musique doit répondre à des attentes de marché, l’image devient un outil stratégique (On vous invite à relire notre Hot Take sur la quête du contrôle parfait sur les RS), et les valeurs, quand elles existent, deviennent négociables ou interchangeable en fonction de l’interlocuteur. Le risque artistique se transforme en menace économique. Ce glissement modifie profondément le rapport entre le dancefloor et le booth et entre le corps collectif et l’individu mis en avant.

Cette transformation est aussi visible dans l’espace physique des clubs et des festivals. Les scènes surélevées, les barrières, la mise à distance systématique du DJ participent à une sacralisation qui n’a rien de neutre. Le message est clair : ce n’est plus la danse qui est centrale, mais celui ou celle qui la fait jouer. Si certaines configurations se justifient par des questions de sécurité, notamment en festival, leur généralisation en club relève davantage du symbole que de la nécessité.

Remettre le DJ plus bas, au sens littéral comme théorique, n’est pas une attaque contre les artistes. C’est une tentative de rééquilibrage. Recentrer la fête sur la piste, sur le mouvement, sur le lien. Et, mécaniquement, écarter celles et ceux qui ne sont là que pour être vus.
Si vous êtes allé-es faire un tour à Fabrik à Londres, vous savez que le DJ est presque caché derrière les platines qui sont mises en hauteur. D’ailleurs, la politique du no photo no video était déjà en place avant qu’elle devienne un outil marketing ou une nécessité.

La question de l’argent est indissociable de cette réflexion. L’explosion des cachets a profondément modifié l’écosystème. Lorsque certains clubs ou festivals décident de plafonner les rémunérations, comme cela a pu être récemment le cas à Trésor West, ils ne font pas un choix économique anodin. Ils posent un cadre politique. Limiter les cachets, c’est freiner la spéculation, casser la logique de surenchère entre lieux, et obliger à repenser la programmation autrement que par la notoriété.

 
 
 
 
 
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Ce type de décision a une conséquence directe, celui de faire le tri. Les artistes présents uniquement pour la visibilité ou le prestige disparaissent progressivement des lineups. Restent celles et ceux pour qui la musique, le contexte et le sens comptent encore.

Mais l’égo ne s’arrête pas aux artistes. Il est aussi à l’œuvre chez certain-es organisateur-ices. Ceux qui se placent eux-mêmes en peak time, ceux qui sous-paient DJs, équipes techniques et staff tout en maximisant leurs marges, ceux qui s’appuient durablement sur le bénévolat sans jamais le remettre en question. L’égo de l’orga se manifeste lorsqu’un individu confond le fait de produire une fête avec le fait d’en être le centre.

Les agences, elles aussi, jouent un rôle clé dans cette mécanique. Certaines pratiques sont désormais bien connues. Comme forcer le booking de plusieurs artistes pour accéder à un headliner, faire monter les prix en organisant une concurrence artificielle, appliquer des tarifs plus élevés aux nouveaux lieux ou collectifs, instaurer des rapports déséquilibrés, parfois méprisants. Derrière ces stratégies, il y a une vision de la scène comme un marché à contrôler, plutôt qu’un écosystème à faire vivre. On ne vous le cache pas, il y a des groupes whatsapp ou chaines d’emails ou des managers/bookers s’arrangent ensemble sur les prix des artistes. 

Les médias ne sont pas épargnés par cette logique. Lorsqu’ils exigent des exclusivités pour empêcher d’autres de travailler, lorsqu’ils font payer la visibilité aux petits artistes ou collectifs tout en déroulant le tapis rouge aux figures déjà installées, lorsqu’ils omettent de préciser qu’un contenu est sponsorisé, ils participent à une hiérarchisation artificielle. L’égo médiatique apparaît quand le relais devent juge et levier de pouvoir.

Enfin, le public lui même n’est pas extérieur à cette dérive. Une partie des clubber-euses et festivalier-es vient désormais moins pour vivre la fête que pour la documenter. Smartphones levés, contenus calibrés, partenariats déguisés, promotion d’artistes ou d’événements problématiques pour des raisons d’audience ou de revenus. En transformant la scène en décor et la fête en opportunité économique, ce public/influenceur contribue à rendre la culture électro toujours plus bankable, toujours plus lisse, toujours plus déconnectée de son histoire et des communautés qui l’ont portée.

L’égo, à tous les niveaux, fonctionne comme une force d’extraction. Il ne crée pas, il accumule. Il ne partage pas, il centralise. Il ne construit pas du commun, il fabrique de la réussite individuelle. Or, une scène ne survit que si elle repose sur l’inverse, sur des espaces partagés, une mémoire collective, une circulation des rôles et une certaine forme d’effacement de soi. La communauté est l’opposé de l’égo dans ce contexte. 

Reprendre la scène à ceux qui s’y regardent trop, ce n’est pas refuser l’ambition ni la reconnaissance. C’est rappeler que la fête n’a jamais été un miroir, mais un espace de rencontre, de vie et de joie partagée. Et que sans ce déplacement du regard, de l’individu vers le collectif, la scène continuera de briller….. tout en se vidant de sa substance.

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