Tu veux une réaction “juste”. Sauf que ton cerveau, lui, veut surtout protéger ton attachement. Résultat, on voit fleurir les pires réflexes (et ils font du dégâts).

0) « On sait que vous voulez qu’on parle du Steergate… »

On sait. Et si on ne le fait pas publiquement, ce n’est pas par confort, ni par lâcheté, c’est pour des raisons légales sérieuses et parce qu’une parole mal placée peut mettre en danger une procédure ou des personnes. Par contre, no worries, c’est entre de bonnes mains (compétentes), et ça, c’est le point important.

Et tant qu’on y est : ne remerciez pas aveuglément les pros du milieu quand une situation est enterrée pendant des années et ressort seulement quand ça devient impossible à cacher. Dans la scène, l’omerta a souvent été rentable. Pas toujours, mais souvent.

1) Première règle : ne commente pas « je le connais, il fera jamais ça »

On les connaît, les commentaires automatiques :

  • « Je le connais, il ne ferait jamais ça. »
  • « Sa musique est trop bien, j’y crois pas. »
  • « Elle veut la fame. »
  • « J’ai bossé avec, c’était le plus sympa. »

Stop.

Déjà : l’artiste s’en fout, il ne verra probablement pas ton commentaire. Ensuite, ouais, un agresseur peut être charmant, talentueux, « pro », même adorable en public. C’est…. une stratégie sociale très classique.

Si tu as besoin d’envoyer un message d’amour et de soutien à ton artiste préféré : va dans ses DM et écris ton roman. Il ne le lira peut-être jamais, mais au moins tu ne participes pas à l’écrasement public d’une potentielle victime.

2) « Fausses accusations », « non-lieu », « condamnations » : les chiffres

Trois idées qui reviennent en boucle et qui méritent des faits :

Les fausses accusations sont rares

Les recherches disponibles (Royaume-Uni / Europe / États-Unis) trouvent des taux faibles et stables, souvent autour de 2 à 6% selon les définitions et méthodes. Une synthèse citant des travaux pour le Home Office évoque environ 4% de cas signalés à la police classés comme faux/suspectés faux.
Point crucial : « acquittement » ou « classement » ≠ « fausse accusation« . Le CPS le rappelle explicitement : une décision de justice défavorable à l’accusation ne prouve pas que la plainte était inventée.

Non-lieu / classement ne veut pas dire mensonge

Le système pénal filtre énormément : manque de preuves matérielles, faits anciens, paroles contre paroles, enquêtes incomplètes, moyens insuffisants… Bref : beaucoup d’affaires meurent sans que la vérité factuelle soit tranchée.

Le taux de plainte est très faible

En France, une publication institutionnelle (site egalité femmes/hommes) rappelle qu’en moyenne, seules 6% des victimes de violences sexuelles déclarent déposer plainte.
Donc : l’énorme problème statistique n’est pas les fausses accusations, c’est la sous-déclaration.

3) Soutenir les (alleged) victimes : oui, mais utilement

Oui :

  • partager des témoignages publiés (avec prudence et respect),
  • envoyer du soutien,
  • relayer des ressources.

Non :

  • demander des détails,
  • demander des « preuves »,
  • exiger un récit « parfait »,
  • jouer au détective en story.

Les victimes ne vous doivent rien. Elles doivent éventuellement des éléments à leur avocat, à la justice, à la police, et (dans un cadre légal) à l’accusé. Pas à toi. Pas à Insta. Pas à Tiktok.

Et surtout, arrêtez de raconter l’histoire à la place de la victime. Ça peut interférer gravement avec une procédure (et même sans procédure : ça peut exposer la personne).

On a tous vu ces chaînes absurdes de « je connais quelqu’un qui connaît la victime » Et quand on vérifie : 0% ou presque ont un lien réel (on a expérimenté ça il y a un an). Ce bruit-là fait perdre du temps aux victimes, aux avocats, aux journalistes d’investigation. Ce n’est pas votre histoire.

4) Le plus important : avant Instagram, la vraie vie

Avant le soutien « visible” » il y a le soutien réel :

  • créer des groupes pour accompagner les victimes au commissariat / chez un avocat,
  • être une oreille,
  • se former,
  • apprendre quoi dire (et quoi éviter).

Des formations et replays existent, par exemple via #NousToutes.
Et oui : faire monter le nombre de plaintes sert aussi à rendre visible l’ampleur réelle du problème.

5) Pour celles et ceux qui doutent des victimes : un test de réalité

Petit exercice, très simple, très brutal :

Parlez aux femmes autour de vous (mère, grand-mère, sœur, amies, collègues, cousines). Demandez-leur si elles ont déjà été victimes, « à n’importe quel degré », de VSS. Écoutez.

C’est une mise en contact avec la fréquence réelle de ces violences, que les enquêtes de victimation et les données publiques confirment massivement. Et on le sait, plus c’est proche, plus ça vous touche…

6) Suivre et relayer les espaces de parole

Dernier point très concret (et très « scène »): suivez la page metoodjs et relayez les stories quand c’est pertinent. L’objectif est simple, que des victimes potentielles de DJs ou de pros de la scène n’aient plus peur de parler.

Allons y ensemble!!!