Quand un club de Miami laisse l’extrême droite chanter sur un dancefloor

Un club de Miami se retrouve aujourd’hui au cœur d’une polémique qui dépasse largement le simple « incident musical ». À Vendôme, établissement privé de South Beach, une soirée a récemment vu un DJ diffuser Heil Hitler, un morceau antisémite de Kanye West, tandis qu’une partie du public scandait les paroles et effectuait des saluts nazis. Parmi les invités figuraient plusieurs figures connues de la droite radicale et sexiste américaine, dont Andrew Tate et le militant d’extrême droite Nick Fuentes.

La direction du club a rapidement présenté des excuses, affirmant ne tolérer « ni l’antisémitisme, ni les discours de haine », et annonçant une enquête interne pour comprendre comment ce titre avait pu être joué lors d’un moment central de la soirée. Une réaction classique, presque automatique. Mais elle ne suffit plus à masquer une réalité plus profonde : les clubs ne sont plus des espaces politiquement neutres, et prétendre le contraire relève désormais de l’aveuglement.

 
 
 
 
 
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Update :

Quelques heures après la polémique, le club Vendôme a publié un nouveau communiqué affirmant avoir conclu son enquête interne. Selon la direction, l’incident impliquerait trois personnes, désormais licenciées et définitivement bannies de l’établissement. Le club affirme appliquer une politique de tolérance zéro envers l’antisémitisme et toute forme de discrimination.

Vendôme indique également avoir mis en place de nouveaux protocoles, incluant un contrôle plus strict des contenus diffusés, un renforcement de la supervision managériale et des mesures disciplinaires immédiates afin d’éviter que le lieu ne soit à nouveau utilisé comme plateforme pour des idéologies de haine. Le club reconnaît le préjudice causé à la communauté juive ainsi qu’à la ville de Miami Beach et réaffirme son engagement à maintenir un espace « respectueux et inclusif ».

Si cette prise de parole marque une tentative claire de reprise de contrôle et de limitation des dégâts, elle relance aussi une question plus large, déjà soulevée dans nos artciles : celle de la responsabilité structurelle des clubs et des programmations. Licencier et bannir suffit-il à empêcher que de tels événements se reproduisent, ou faut-il interroger plus profondément les conditions qui rendent ces dérives possibles sur un dancefloor ?

La musique comme signal, pas comme accident

Diffuser un morceau explicitement antisémite dans un club n’est pas un simple “bad choice” de DJ. Ce n’est pas non plus un geste isolé ou décontextualisé. La musique agit comme un signal. Elle indique qui est le bienvenu, qui peut se sentir à l’aise, et qui doit comprendre qu’il n’est pas chez lui ici.

Ce qui s’est produit à Vendôme n’est pas seulement le fait d’un DJ ou d’un client. C’est le symptôme d’un espace qui n’a pas su ou pas voulu poser de limites claires. Et comme toujours, ce vide est comblé par les idéologies les plus bruyantes, les plus agressives, les plus excluantes.

Le mythe de la neutralité festive

Depuis des mois, la scène électro est traversée par le même débat. Peut-on encore dire que « tout le monde est bienvenu » quand certaines présences rendent d’autres publics invisibles ou en danger ? Peut-on continuer à invoquer la fête comme un espace hors du monde alors que des idéologies racistes, misogynes ou antisémites y trouvent parfois refuge ?

L’affaire de Miami rappelle une vérité inconfortable, celle que refuser de se positionner, c’est déjà prendre position. En l’occurrence, en faveur de ceux qui savent instrumentaliser le flou, l’ambiguïté et le silence.

Clubs, promoteurs, DJs ont une responsabilité partagée

Les clubs aiment se présenter comme de simples lieux de passage, les DJs comme de simples prestataires, les promoteurs comme de simples organisateurs. Mais cette fragmentation de la responsabilité ne tient plus. Un club choisit qui il accueille, un promoteur choisit son public, un DJ choisit ce qu’il joue. Chacun participe à la fabrication d’un espace social.

Quand des figures d’extrême droite se sentent suffisamment en terrain conquis pour chanter un hymne nazi sur un dancefloor, ce n’est pas un accident. C’est le résultat d’un environnement perçu comme permissif, voire complice par omission.

Ce que cette affaire dit de la fête aujourd’hui

Ce qui choque dans cette histoire, ce n’est pas seulement la chanson. C’est le fait qu’elle ait pu être jouée sans que personne n’intervienne immédiatement. C’est le fait que des saluts nazis aient été effectués dans un club sans que la musique s’arrête. C’est le fait qu’il faille une vidéo virale pour que la ligne rouge soit enfin reconnue.

La fête a toujours été politique, qu’on le veuille ou non. Elle peut être un espace de libération, de soin, de communauté. Ou devenir une scène de normalisation de la haine. La différence tient rarement à la taille du club ou à la qualité du sound system, mais à la clarté des valeurs défendues.

Après les excuses, les actes

Les communiqués d’excuses sont devenus un rituel. Mais ils ne répondent pas à cette question : que fait-on concrètement pour empêcher que cela se reproduise ?Quelles lignes sont tracées ? Quels symboles sont refusés ? Quels discours sont exclus sans ambiguïté ?

L’épisode de Vendôme ne devrait pas être traité comme un scandale isolé, mais comme un avertissement. À force de vouloir plaire à tout le monde, certains espaces finissent par devenir accueillants pour ceux qui excluent les autres.