

Ben Hemsley accuse Hugel et Matt Sassari d’avoir repris son edit de It Feels So Good
Tout part d’un post Instagram, publié sans communiqué, sans avocat, sans stratégie apparente. Juste une comparaison audio, côte à côte. D’un côté, un edit tech-house de It Feels So Good que Ben Hemsley avait mis en ligne sur SoundCloud en 2017, à 19 ans. De l’autre, la version officielle sortie en 2024 par Hugel et Matt Sassari, créditée comme un titre original, cumulant aujourd’hui plus de 160 millions de streams sur Spotify.
« Matt jouait mon edit il y a des années. Il y a des tracklists, des vidéos. Il n’y a aucune excuse pour dire qu’il ne l’a jamais entendu », écrit Hemsley. À l’époque, il dit ne rien avoir fait. Le morceau n’était pas officiellement licencié. Il débutait. Il était même flatté de l’entendre dans des sets plus exposés que les siens.
Ce qu’il conteste aujourd’hui n’est pas seulement la ressemblance. C’est l’effacement. L’idée reprise à l’identique, reformulée comme une création originale, sans mention, sans crédit, sans discussion. « Ces mecs ont juste pris l’idée complète de mon remix et l’ont classée comme un original », écrit-il. « Embarrassing. But behold, the world of dance music. »
Sous le post, les réactions dépassent rapidement le simple soutien moral. Plusieurs producteurs racontent des histoires similaires. Franck.sco évoque un épisode avec DJ Hell, qui aurait samplé et quasiment remixé son morceau sans autorisation ni contact. Manpowermusic raconte un bootleg pressé illégalement il y a près de vingt ans, vendu sans crédit, au point qu’il a dû acheter lui même un exemplaire pour l’avoir. À l’époque, Patrice Bäumel lui aurait répondu que « porter plainte pour un edit, c’est comme appeler la police parce qu’on t’a volé de la drogue ».
Ces récits reviennent souvent dans les commentaires, presque comme une normalité intériorisée. Beaucoup parlent d’un système où les plus établis peuvent se servir, pendant que les plus jeunes n’ont ni les moyens juridiques, ni le capital symbolique pour réagir. « C’est toujours ceux qui sont plus gros ou plus vieux qui exploitent », écrit un producteur. Un autre résume : « Cette industrie est remplie de gens qui se volent entre eux. »
D’autres défendent Hugel et Sassari, ou relativisent. « Imitation is the sincerest form of flattery. » « If someone copies you, you’ve won. » Une ligne de défense bien connue, qui évacue la question du crédit, du pouvoir et du contexte économique. Car ici, l’enjeu n’est pas seulement artistique. Il est structurel. Entre un edit non monétisé, resté dans l’underground, et un titre officiellement licencié, poussé par les plateformes, la différence n’est pas qu’esthétique. Elle est financière, symbolique et narrative.
Hemsley précise qu’il ne compte pas poursuivre en justice, malgré les chiffres. Il insiste : ce n’est pas une histoire d’argent. C’est une histoire de vérité. « Dans cette industrie, tout ce qui m’importe, c’est vous. Je veux juste que vous sachiez à quel point les gens peuvent être pleins de merde. »
Le silence de Hugel et Matt Sassari, pour l’instant, laisse la discussion se déplacer ailleurs. Vers une question plus large que ce morceau précis. À partir de quand une inspiration devient-elle une appropriation ? Et surtout, pourquoi ce type de situation semble-t-il si familier à tant de producteurs ?
À l’heure où la scène se présente comme méritocratique (lol), créative et ouverte, cette affaire rappelle une réalité moins flatteuse. Derrière les discours sur l’originalité et le travail, les rapports de force restent bien réels. Et dans ce jeu-là, ceux qui n’ont pas encore de poids public restent souvent les premiers à être effacés.

