Entre fermetures et surenchère : “Support Your Scene”, le pari de Macadam pour un juste prix de la fête
Dans une scène où les clubs ferment en série tandis que d’autres pratiquent des prix délirants, Macadam (Nantes) lance “Support Your Scene” : un billet solidaire à 20 €, non imposé, pour stabiliser un modèle artistique indépendant sans renier ses valeurs. Le club défend une ligne : préserver l’inclusivité et payer correctement celles et ceux qui font tourner la nuit, sans basculer dans une inflation qui fracture le dancefloor.
Le contexte : deux vitesses, une même fragilité
La scène électronique européenne vit une tension paradoxale. D’un côté, des fermetures de lieux incapables d’absorber la hausse des coûts (énergie, cachets, transport, matières premières) et l’irrégularité des publics depuis la pandémie. De l’autre, une course aux cachets “headliners” qui tire mécaniquement les prix d’entrée vers le haut, instaurant une fête à deux vitesses : exclusivité tarifaire ici, évaporation des marges là. Entre ces extrêmes, la promesse culturelle s’amenuise, du coup soit on survit en compressant l’artistique et les salaires, soit on survit en sélectionnant socialement.
L’angle Macadam : un outil de contribution, pas un péage
“Support Your Scene” n’est pas un ticket VIP ni un passe-coupe-file : c’est un prix volontaire que les publics en capacité de le faire peuvent choisir, en parallèle d’une grille classique (10 € le jeudi ; 16 € vend.-sam., after OHBE inclus ; Gloria 10 € costumé·e / 16 € non costumé·e ; gratuité la première demi-heure). L’enjeu est limpide : reconstituer de la marge là où elle s’est dissoute, sans exclure. Fiscalement, la billetterie (TVA 5,5 %) rend l’euro solidaire directement utile à l’équilibre des organisateur·ices et à la chaîne de travail (technicien·nes, bar, sécurité, artistes, médiation, prévention).
Valeurs non négociables, coûts bien réels

Macadam rappelle sa grammaire : consentement comme ligne absolue, zéro photo/vidéo pour protéger les corps et les esprits, politique active de prévention VHSS et réduction des risques, attention portée aux marges et aux esthétiques rares. Cette exigence a un coût : du temps humain, de la formation, des médiateur·ices, des aménagements, des cachets qui ne bradent pas l’émergence. Payer correctement celles et ceux qui font la nuit reste le marqueur d’une scène saine ; “Support Your Scene” vise précisément à éviter que l’éthique ne soit la première variable d’ajustement.
Trouver l’entre-deux : contre la fermeture, contre la surenchère
Face au choix binaire “fermer” ou “devenir luxe”, Macadam pousse un entre-deux assumé. En laissant coexister gratuité d’ouverture, prix accessibles et ticket solidaire, le club redistribue la charge : celles et ceux qui le peuvent tirent vers le haut, sans condamner le reste à rester dehors. Le message est politique autant qu’économique : tenir la ligne artistique (maturité technique, identité curatoriale, reconnaissance européenne) nécessite des outils de contribution, pas une montée sèche et uniformisée des tarifs.
Parallèle utile : le cas Trésor West
Comme nous l’avons analysé pour Trésor West, certains acteurs refusent l’alternative “mourir ou premiumiser”. Ils expérimentent des paliers de contribution et des formats communautaires qui alignent leur projet culturel avec la réalité des coûts. Macadam s’inscrit dans cette éthique de cofinancement qui est de faire de la communauté non pas un guichet captif, mais un co auteur du modèle.
“Support Your Scene” n’est ni un appel à la charité ni un renoncement esthétique. C’est un instrument de stabilisation dans une économie bousculée, pour que la fête reste acessible, sûre, et ambitieuse, et que celles et ceux qui la rendent possible vivent de leur travail sans qu’on renie l’ADN de la club culture.

