L’annonce de Casey Wasserman de vendre son agence de représentation marque une étape importante dans les conséquences liées à la publication des nouveaux documents judiciaires associés à Jeffrey Epstein.

Le CEO du Wasserman Group a confirmé avoir entamé un processus de vente après que son nom est apparu dans les dossiers récemment rendus publics par le Département de la Justice américain. Dans un mémo adressé aux 4 000 employés du groupe, il écrit :
« I have become a distraction… That is why I have begun the process of selling the company. »

Des échanges anciens révélés

Les documents publiés mentionnent des échanges datant du début des années 2000 entre Wasserman et Ghislaine Maxwell, condamnée en 2021 à 20 ans de prison pour trafic sexuel de mineurs.

Ils évoquent notamment :

  • un voyage en 2002 à bord d’un avion appartenant à Jeffrey Epstein, dans le cadre d’une délégation liée à la Clinton Foundation, décrit comme un déplacement humanitaire
  • des emails échangés en 2003 avec Maxwell, incluant des messages à connotation personnelle

Dans une déclaration publiée début février, Wasserman affirme ne jamais avoir eu de relation personnelle ou professionnelle avec Jeffrey Epstein et dit « profondément regretter » ces échanges remontant à plus de vingt ans.

Départs et prises de position d’artistes

Plusieurs artistes représentés par l’agence ont publiquement annoncé leur départ, dont ODESZA, Levity, dj pressed et Chappell Roan.
D’autres, comme John Summit,ou Louis The Child, ont exprimé leur intention de quitter l’agence ou ont demandé la démission de Wasserman.

La vente de l’agence serait déjà en cours, selon son dirigeant. En parallèle, Wasserman conserve son poste de président du comité d’organisation des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028.

Une onde de choc au-delà des États-Unis

Si l’affaire concerne directement une agence américaine, ses répercussions interrogent plus largement les liens entre pouvoir culturel, réseaux institutionnels et responsabilité morale.

En France, le débat prend une autre forme mais soulève des questions similaires sur la mémoire et la responsabilité.

Jack Lang, ancien ministre de la Culture, fondateur de la Fête de la Musique et actuel président de l’Institut du Monde Arabe, est cité dans les documents judiciaires américains liés à l’affaire Epstein. À la suite de ces révélations, le Parquet national financier a ouvert une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». L’intéressé a proposé sa démission de la présidence de l’IMA.

Jack Lang, est aussi régulièrement cité pour avoir signé en 1977 une pétition publiée dans Le Monde demandant une révision de certaines dispositions légales concernant les relations entre adultes et mineurs. Cette pétition, cosignée par plusieurs intellectuels de l’époque, fait toujours l’objet de critiques rétrospectives (à juste titre, on ne devrait jamais cesser d’en parler en fait….). Jack Lang n’a jamais été condamné pour des faits de nature pédocriminelle. Toutefois, la signature de ce texte reste un point de controverse régulièrement évoqué dans les débats publics.

Aujourd’hui président de l’Institut du Monde Arabe, il continue d’occuper une position institutionnelle centrale dans le paysage culturel français. Sa présence passée dans des lieux emblématiques de la scène parisienne, comme La Concrete, ou ses interventions dans des médias spécialisés comme Radio FG, n’avaient jusqu’ici suscité que peu de réactions publiques.

Réputation, mémoire et responsabilités

La situation met en lumière une tension récurrente les alertes existent souvent bien avant que les scandales n’explosent.

Depuis des années, des militantes féministes, des associations de protection de l’enfance et des collectifs engagés dans les milieux culturels dénoncent les angles morts du pouvoir, les réseaux d’influence opaques et la complaisance institutionnelle. Leurs voix sont fréquemment marginalisées, qualifiées d’excessives ou ignorées, jusqu’au moment où les révélations deviennent impossibles à contenir.

Pourquoi faut-il attendre la publication de documents judiciaires ou l’emballement médiatique pour que les prises de position deviennent massives ? Pourquoi la responsabilité morale ne s’active-t-elle qu’une fois la réputation menacée ?

Protéger les artistes, les publics et, plus largement, les personnes vulnérables ne devrait pas être une réaction à une crise. Cela devrait être un principe structurant. La musique, la fête et la culture ne sont pas des espaces hors du monde. Elles participent à la société et en reflètent les mécanismes de pouvoir.

L’enjeu dépasse donc les individus. Il concerne la capacité d’un écosystème à écouter les alertes avant qu’elles ne deviennent des scandales, et à faire de la protection une priorité constante, plutôt qu’un réflexe tardif.