Funk Tribu, Paula Temple : quand les artistes appuient sur pause ou arrêt.
Vers un « slow touring » dans la musique électro ?
La scène électro est devenue obsédée par la vitesse, les chiffres et la visibilité permanente. Pourtant, il y certaines annonces qui résonnent comme des contretemps salutaires. Ces derniers mois, plusieurs artistes majeurs de la scène électronique ont choisi de ralentir, non pas par désamour de la musique, mais pour pouvoir continuer à en faire.
Il est important de noter que de nombreux-ses artistes pratiquaient déjà le slow touring sans en faire de marketing, mais quand celà touche les DJs les plus bankable du moment, ça change la donne.
Dernier exemple en date : Funk Tribu.
Dans un long message adressé à son public, le producteur et DJ colombien, installé à Berlin depuis trois ans, annonce une décision rare à ce stade de sa carrière : réduire drastiquement son nombre de dates. En 2026, il passera d’environ 100 shows par an à une soixantaine maximum. Une manière, écrit-il, de « respirer », de se recentrer sur le studio, et surtout de préserver sa santé mentale.
Tourner, double booking et compagnie
Le témoignage de Funk Tribu met des mots sur une réalité largement partagée mais encore peu discutée publiquement. Tourner presque chaque week-end est devenu une norme implicite dans les musiques électroniques, surtout pour les artistes en pleine ascension. Refuser une date, ralentir le rythme, dire non, autant de décisions encore souvent perçues comme suspectes, voire personnelles, dans un système où la disponibilité permanente est valorisée.
Dans nos discussions avec des artistes emergent-es, la peur d’être oublié est très présente. Dire non parce qu’on est pas prêt-e angoisse et questionne.
Funk Tribu le rappelle clairement : un booking décliné n’est jamais un affront. C’est un choix de survie à long terme. Il évoque sans détour des périodes de fragilité mentale, un sentiment de déconnexion de soi, et la difficulté à « s’installer » dans une vie normale quand tout va trop vite.
Paula Temple : arrêter pour se réinventer
Cette prise de parole fait écho à une autre annonce marquante, celle de Paula Temple, publiée en novembre dernier. Figure incontournable de la techno et de l’indus depuis plus de trois décennies, la DJ britannique a annoncé vouloir mettre un terme à ses tournées pour un futur proche, et s’éloigner de la scène telle qu’elle existe aujourd’hui.
Dans son message, Paula Temple ne parle pas d’épuisement au sens strict, mais de décalage artistique et philosophique. Depuis le Covid, explique-t-elle, le hard techno lui semble avoir glissé vers un univers de performeurs et d’influenceurs, loin de ce qui l’animait. Son besoin aujourd’hui est de ralentir, créer sans pression, explorer d’autres territoires musicaux, et reprendre le contrôle de son temps.
Du slow touring au slow journalisme
Ces annonces ne sont pas anecdotiques. Elles dessinent peut-être les contours d’un mouvement plus large, celui d’un slow touring, encore marginal, mais de plus en plus assumé. Une remise en question de l’idée selon laquelle exister artistiquement signifie être partout, tout le temps.
Chez les médias, cette réflexion fait écho à une autre pratique, celle du slow journalisme (coucou VolteFace). Prendre le temps d’écouter les artistes, de contextualiser leurs choix, de ne pas réduire ces décisions à des “coups de com” ou à des annonces isolées. Derrière ces pauses, il y a des trajectoires humaines, des corps, des esprits, et une industrie qui peine encore à intégrer la notion de durabilité, pas seulement environnementale, mais aussi mentale et créative.
Ralentir pour durer
Ni Funk Tribu ni Paula Temple ne parlent d’abandon. Au contraire. Tous deux insistent sur la nécessité de ces choix pour continuer à créer sur le long terme, avec sincérité et engagement. Moins de dates, plus de sens. Moins de bruit, plus de musique.
Ralentir n’est pas reculer, c’est parfois la seule façon d’aller plus loin, d’écouter sa propre voix et finalement,de se démarquer.

