
Quand un duo ose la techno et la pop électronique dans un sport qui sacralise encore le « grand répertoire », ça ne laisse pas indifférent. Brissaud & Lopareva ont choisi leur signature : celle d’une culture vivante, générationnelle, parfois provocatrice.
En 2024 déjà, ils avaient bousculé papy et mamie devant France Télévisions à 16h, qui n’avaient sûrement pas prévu d’entendre Satisfaction de Benny Benassi. L’année dernière, aux Championnats d’Europe, ils nous avaient encore une fois marqués avec un programme techno : moderne, puissant, presque « destroy ». Et la réaction a suivi : « Nous avons reçu notre médaille européenne avec cette musique qui avait fait fureur auprès du public. »
Mais pourquoi ça nous attrape autant ?
Parce que c’est assez original, et assez surprenant, pour qu’on s’en souvienne. Dans un sport encore très codé, où la “bonne” musique est souvent celle qui est reconnue (grande émotion, grande dramaturgie, grande tradition), choisir l’électronique, c’est plus qu’un choix artistique, c’est une manière de se placer dans le champ culturel. Ils le revendiquent : « Nous aimons innover, nous misons sur notre originalité et notre forte personnalité. » C’est aussi une façon de dire : notre culture, nos références, notre époque ont aussi leur place ici.
Même si cette année pour les JO le thème imposé était les années 90, et que leur programme sur Eiffel 65 et Daft Punk colle parfaitement au cahier des charges tout étant parfaitement à la marge (bien joué), il faut surtout souligner leur inventivité chorégraphique qui allait de pair avec leur choix musical : « Nous avons choisi Eiffel et Around the World car nous trouvions que la vibe était fun, décalée et surtout provocatrice. »

La techno a longtemps été rangée dans la case “répétitive”, “pas assez musicale”. Sauf que sur glace, Brissaud et Lopareva montrent l’inverse : cette pulsation est un avantage. Elle devient structure,tension, précision. « Nous choisissons des mouvements et des éléments qui vont chercher des côtés contemporains et qui vont “highlight” la musicalité. » Et cette modernité, franchement, fait du bien. Elle pose surtout une question essentielle : celle de la légitimité de la culture électronique.
La légitimité, justement, est partout, dans le sport comme dans la musique. Il y a des disciplines considérées comme plus “nobles” que d’autres, tout comme il y a des genres musicaux qu’on juge plus “respectables”. Leur signature n’est donc pas anodine, sans forcément le revendiquer comme un manifeste, elle élargit le public. Elle fait découvrir la musique électronique à celles et ceux qui n’y seraient jamais venus, elle surprend même les publics jeunes qui pensent déjà tout connaître, et elle crée un pont entre deux mondes qui se regardent rarement.
C’est ça, leur force, ils ne mettent pas seulement de l’électro sur du patinage. Ils traduisent une énergie de club dans un langage sportif et artistique, avec une vraie idée de style et d’époque. Et quand ça fonctionne, c’est un moment de culture qui reste.
Alors non, cette saison, l’or olympique n’est peut être pas celui qui nous a le plus poursuivis. Mais Brissaud & Lopareva, eux, ont gagné autre chose : une trace (la leur). Celle qu’on replay et qu’on envoie à un ami avec un « t’as vu ça ? ». Et s’ils continuent à bousculer les codes comme ils le promettent, « Nous incarnons la jeunesse générationnelle, nous bousculons les codes, et on ne s’arrêtera pas avant que notre nom soit connu pour cela. », alors leur histoire est déjà en train de dépasser la glace.
crédit : E Geoffrey_Brissaud_2024_Worlds_Gala_3 vgeniia_Lopareva

