
Bandcamp bannit la musique générée par IA… mais comment faire respecter la règle ?
Bandcamp a pris position. Et dans notre scène électronique où la musique générée par intelligence artificielle s’infiltre de plus en plus vite dans les plateformes de streaming et de vente, cette prise de parole n’est pas anodine.
Dans un communiqué intitulé Keeping Bandcamp Human, la plateforme affirme désormais interdire toute musique ou contenu audio « généré entièrement ou en grande partie par des outils d’IA ». Une ligne claire, assumée, qui vise à préserver ce que Bandcamp revendique depuis sa création, avoir une relation directe, humaine et équitable entre artistes et publics.
C’ets une ligne politique plus qu’un simple règlement
Contrairement à d’autres plateformes qui abordent l’IA comme une innovation neutre ou inévitable, Bandcamp adopte un discours ouvertement culturel et politique. La musique y est décrite non comme un produit, mais comme le fruit d’un dialogue humain ancien, inscrit dans des communautés, des histoires et des pratiques collectives.
Dans cette logique, l’IA générative n’est pas seulement un outil technique. Elle devient une rupture dans ce contrat implicite entre artistes et fans, en brouillant la frontière entre création humaine, automatisation et imitation.
Bandcamp précise également interdire toute utilisation de l’IA visant à imiter des artistes existants ou des styles reconnaissables, s’inscrivant ainsi dans ses règles déjà en place sur l’usurpation d’identité et la propriété intellectuelle.
MAIS, comment?
Mais derrière l’annonce, une question centrale demeure : comment cette politique sera-t-elle réellement appliquée ?
Bandcamp indique se réserver le droit de retirer tout contenu « suspecté » d’avoir été généré par IA, et encourage les utilisateurs à signaler les morceaux concernés. Aucune méthode de détection automatisée n’est détaillée, aucun seuil précis n’est défini pour déterminer ce qu’est une œuvre « en grande partie » générée par IA.
Aujourd’hui, les outils hybrides se multiplient, entre les IA utilisée pour le sound design, le mastering, la génération de stems ou d’idées, la frontière entre assistance et substitution reste floue. Bandcamp ne précise pas non plus comment seront traités les faux positifs, ni comment un artiste pourra prouver l’origine humaine de son travail.
Bandcamp a toujours été à contre-courant de l’industrie
Cette position tranche nettement avec celle d’autres acteurs majeurs du secteur. Beatport, par exemple, autorise la musique générée par IA tant qu’elle respecte les règles de copyright et n’imite pas directement des artistes existants. Spotify, de son côté, n’interdit pas l’IA, se contentant de retirer certains contenus lorsqu’ils enfreignent ses politiques de tromperie ou de droits d’auteur.
Là où beaucoup de plateformes raisonnent en termes de volume, d’optimisation et de flux, Bandcamp continue de défendre une vision artisanale et communautaire de la musique. Un positionnement cohérent avec son modèle économique, mais aussi plus fragile dans un écosystème dominé par l’automatisation.
Reste à voir si cette interdiction marquera un véritable précédent ou si elle restera un geste symbolique. Sans outils clairs, sans transparence sur les procédures de contrôle, la politique repose pour l’instant largement sur la bonne foi des artistes…. et la vigilance de la communauté.
Bandcamp affirme vouloir communiquer sur les évolutions de cette politique au fur et à mesure que l’IA générative progresse. La crédibilité de cette position se jouera donc dans le temps, dans la cohérence entre discours et pratiques, et dans la capacité de la plateforme à protéger la création humaine sans tomber dans l’arbitraire.
Bandcamp pose une question simple mais fondamentale : que veut-on réellement préserver quand on parle de musique ?

