Quand nos substances contredisent nos valeurs…

Article in english here.
La scène électronique adoooooore parler d’écologie. On boycotte la fast fashion. On se félicite quand un festival abandonne les bouteilles en plastique et passe aux écocups. On des toilettes sèches, des trains pour les artistes et mOiNs de DJs en jet privé. On publie même des chartes environnementales et certaines agences calculent les kilomètres parcourus par leurs headliners. En bref, on se revendique souvent plus conscientisé-es que la moyenne.

Puis la nuit tombe. Et là, étrangement, notre analyse du cycle de vie s’arrête à l’entrée des toilettes.

Nous savons très rarement d’où vient la cocaïne consommée sur un téléphone. Nous ne demandons pas combien de produits chimiques ont été nécessaires à la fabrication d’un comprimé de MDMA. Nous ignorons généralement si le cannabis a poussé au soleil ou sous des lampes fonctionnant 24/24.

L’impact écologique et humain des substances consommées dans nos propres soirées reste l’un des grands angles morts de la scène électronique. Le sujet dérange parce qu’il oblige à appliquer nos valeurs à nos propres plaisirs. Et l’écologie devient toujours beaucoup plus compliquée lorsqu’elle nous demande de changer quelque chose nous mêmes.

Punir davantage les consommateurs ne réparera rien

Le 16 décembre 2025, à Marseille, Emmanuel Macron annonçait vouloir faire passer l’amende forfaitaire pour usage de stupéfiants de 200 à 500 euros. Il présentait cette mesure comme une manière de « taper au portefeuille », tout en affirmant que « ce n’est pas festif de se droguer ».

L’augmentation a depuis connu un parcours parlementaire agité. Supprimée en commission des lois le 24 juin 2026, elle a ensuite été réintroduite sous forme d’amendements lors de l’examen du projet de loi Ripost à l’Assemblée nationale. Au moment où nous écrivons, le débat législatif n’est donc pas définitivement clos.

Notre position reste mitigée, mais pas indécise.

Nous défendons totalement la réduction des risques. Une dépendance ne relève pas d’un défaut moral ou d’un simple manque de volonté. Les rapports aux substances sont liés à des facteurs psychologiques, biologiques et sociaux très différents selon les personnes.
Certain-es consomment pour le plaisir. D’autres pour sociabiliser, tenir toute une nuit, travailler, calmer une souffrance, diminuer une anxiété ou supporter une situation devenue invivable.

Nous ne sommes pas toustes égaux face aux produits. Nous ne développons pas les mêmes dépendances. Nous n’avons pas les mêmes ressources pour demander de l’aide. Nous ne subissons pas non plus les mêmes conséquences sociales, médicales ou judiciaires.

Une amende de 500 euros peut représenter une contrariété pour une personne aisée et plusieurs semaines de survie pour une personne précaire. La logique du coup au portefeuille pénalise donc surtout les personnes qui disposent déjà du moins de marge. Elle ne traite ni les causes de la consommation, ni la dépendance, ni la composition des produits, ni les conditions sociales qui entourent les usages.

Mais refuser la criminalisation ne nous oblige pas à raconter que la consommation serait neutre.

Les substances comportent des risques sanitaires réels. Elles alimentent aussi des chaînes économiques, humaines et environnementales dont la violence reste souvent invisible depuis un dancefloor européen. C’est cette contradiction qu’il faut pouvoir regarder en face.

La cocaïne n’a jamais été aussi banalisée

En France, la cocaïne est désormais le produit illicite le plus consommé après le cannabis.

La part des adultes de 18 à 64 ans l’ayant déjà expérimentée est passée de 5,6 % en 2017 à 9,4 % en 2023. Son usage au cours de l’année concernait environ 1,1 million de personnes âgées de 11 à 75 ans en 2023, contre environ 450 000 personnes en 2017.

En six ans, le nombre estimé de consommateurs annuels a donc plus que doublé.

Le marché s’est adapté à cette demande. Les observations les plus récentes de l’OFDT montrent une cocaïne de plus en plus accessible, notamment grâce aux livraisons, aux ventes fractionnées et à la baisse du prix réel. Dans plusieurs régions étudiées en 2025, le produit est décrit comme toujours plus disponible et plus pur.

En 2023, le marché français des drogues illicites était estimé à 6,8 milliards d’euros, contre 2,3 milliards en 2010. La cocaïne représentait à elle seule environ 3,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dépassant désormais le cannabis, estimé à 2,7 milliards. En valeur, la cocaïne et le cannabis généraient ensemble près de 90 % du marché français.

L’OFDT estime qu’environ 47 tonnes de cocaïne auraient été consommées en France en 2023.

Le problème écologique tient à la massification du marché : davantage de consommateurs, davantage de tonnes produites, davantage de substances chimiques utilisées et davantage de territoires intégrés à cette économie.

La cocaïne s’est installée dans les clubs, les festivals, les bars, les dîners, les afterworks, les mariages et les bureaux. Elle reste officiellement considérée comme une drogue dure, mais son image sociale s’est considérablement adoucie. Elle est devenue compatible avec une vie professionnelle stable, un discours progressiste et une apparence de respectabilité.

Nous pouvons aujourd’hui dénoncer le narcotrafic en public et participer à son économie quelques heures plus tard dans les toilettes d’un club.

3 708 tonnes de cocaïne produites en une seule année

À l’échelle mondiale, la fabrication de cocaïne a atteint un niveau record en 2023 : 3 708 tonnes de cocaïne pure, soit près de 34 % de plus qu’en 2022.

En Colombie, principal pays producteur, les cultures de coca occupaient 253 000 hectares en 2023, une surface en hausse de 10 % en un an. La production potentielle colombienne de cocaïne a simultanément progressé de 53 %, atteignant 2 664 tonnes.

Ces chiffres ne permettent pas de convertir chaque gramme consommé en un nombre précis de mètres carrés de forêt détruite.

L’ancien chiffre régulièrement cité de quatre mètres carrés de forêt par gramme de cocaïne vient d’une communication de l’ONUDC publiée en 2009. Il donne une idée de l’empreinte potentielle de la production, mais il serait trompeur de le présenter aujourd’hui comme une équivalence universelle et parfaitement mesurable.

Les conséquences environnementales varient fortement selon les territoires, les rendements, les méthodes de transformation et l’emplacement des cultures. La relation entre coca et déforestation reste également complexe.

La culture de coca n’est pas toujours la première cause directe de destruction forestière. Mais elle peut faciliter l’ouverture de routes clandestines, l’occupation illégale de nouvelles terres et l’installation d’autres activités comme l’élevage extensif, l’extraction minière ou le trafic de bois.

La production de cocaïne exige aussi du carburant, des solvants, des acides et différents produits chimiques. Dans une économie clandestine, aucun dispositif transparent ne garantit leur stockage, leur manipulation ou leur élimination.

La pollution reste sur place et les bénéfices, eux, remontent la chaîne.

Derrière une trace, une économie entière

La cocaïne consommée dans un club européen semble très éloignée des territoires où elle a été cultivée et transformée.

Cette distance rend la violence humaine abstraite. PLus c’est loin plus on s’en fout.

Nous voyons une poudre dans un petit sachet. Nous ne voyons pas les routes ouvertes au milieu de zones forestières, les produits chimiques déversés dans les sols, les populations rurales prises entre groupes armés et opérations policières, ou les communautés dont l’économie devient dépendante d’un marché clandestin.

En Colombie, 39 % de la production potentielle de feuilles de coca provient de zones très productives représentant seulement 14 % des territoires cultivés.

Environ 209 000 hectares de coca se trouvaient en 2023 à moins de douze kilomètres d’un centre habité, contre 189 000 hectares un an auparavant.

Cette proximité augmente la pression exercée sur les communautés locales.

Elle peut modifier l’utilisation des terres, attirer des groupes criminels, créer une dépendance économique et exposer les habitants aux substances chimiques utilisées pendant la transformation.

Quand un consommateur européen achète 1g, il ne choisit évidemment pas les politiques agricoles colombiennes, les routes empruntées, les méthodes de blanchiment d’argent ou les groupes impliqués dans la distribution. Mais l’achat reste matériellement intégré à cette chaîne.
Reconnaître ce lien ne revient pas à attribuer au consommateur toute la responsabilité du narcotrafic mondial. Cela permet simplement d’arrêter de présenter son achat comme un geste sans conséquence au-delà de son propre corps.

La MDMA ne sort pas d’un laboratoire immaculé

La MDMA bénéficie d’une image différente. Elle est associée à l’empathie, à la fête, aux couleurs, à la culture rave et à une certaine idée de la connexion collective. Parce qu’elle est synthétique et largement produite en Europe, elle paraît parfois plus propre que la cocaïne.

Sa fabrication repose pourtant sur une industrie chimique clandestine.

En janvier 2026, Europol a annoncé le démantèlement de 24 laboratoires industriels dans le cadre de la plus grande opération européenne jamais menée contre la production de drogues de synthèse.

Les autorités ont saisi 1 000 tonnes de produits chimiques, qui auraient pu permettre la fabrication d’environ 300 tonnes de drogues synthétiques.

Ce chiffre permet de mesurer l’échelle matérielle de cette industrie. Pour produire quelques centaines de tonnes de comprimés, de cristaux ou de poudre, il faut importer, transporter, stocker et manipuler des quantités gigantesques de précurseurs, de solvants et de substances corrosives.

Le rapport entre les 1 000 tonnes saisies et les 300 tonnes de produits potentiels ne doit pas être interprété comme un ratio universel de déchets. Les produits chimiques saisis comprennent les matières destinées à la fabrication, et pas uniquement les résidus. Pourtant, une partie de ces matières devient ensuite un déchet dangereux.

Entre 2019 et 2023, 1 194 sites de déversement de déchets issus de la fabrication de drogues ont été signalés à l’ONUDC dans seulement sept pays européens.

Ce nombre ne comprend que les sites découverts et déclarés. Les laboratoires clandestins ne disposent pas d’un service de traitement des déchets, d’un contrôle environnemental ou d’une obligation de traçabilité. Les résidus peuvent finir dans des bidons abandonnés, des fossés, des hangars, des camionnettes, les égouts, les forêts ou les cours d’eau.

Les propriétaires des terrains et les collectivités récupèrent ensuite la pollution et la facture.

Quatre millions de comprimés d’ecstasy saisis en France

La progression de la MDMA apparaît également dans les données françaises.

En 2023, plus de quatre millions de comprimés d’ecstasy, ou leur équivalent sous forme de poudre, ont été saisis en France. Cela représentait une hausse de 164 % par rapport à 2022 et le niveau le plus élevé enregistré depuis 1996.

Environ 70 % de ces produits étaient cependant considérés comme étant en transit et 30 % destinés au marché français. L’usage annuel de MDMA ou d’ecstasy concernait approximativement 750 000 personnes en France en 2023. Entre 2010 et 2023, la valeur estimée du marché français de la MDMA a progressé de 637 %.

Ces données ne prouvent pas que chaque comprimé laisse derrière lui la même quantité de pollution. Elles montrent néanmoins qu’un produit longtemps associé à une sous-culture relativement marginale est devenu une marchandise de masse.

La pollution liée à sa fabrication ne peut plus être traitée comme un incident local ou exceptionnel.

Le cannabis indoor : vert en apparence, très carboné en réalité

Le cannabis est perçu comme la substance la plus naturelle. C’est une plante. Il est donc tentant de l’imaginer presque automatiquement écologique. Mais le bilan dépend entièrement de sa méthode de culture.

Une plante cultivée à l’extérieur, dans un climat adapté, n’a pas la même empreinte qu’une plante élevée dans un bâtiment fermé sous des lampes puissantes, avec chauffage, climatisation, ventilation, déshumidification et renouvellement constant de l’air.

Une étude publiée en 2025 dans la revue scientifique One Earth estime que l’industrie américaine du cannabis, légale et illégale, a généré environ 44 millions de tonnes d’équivalent CO₂ en 2023.

Cela représente environ 1 % des émissions américaines et l’équivalent annuel des émissions de près de dix millions de voitures ou de six millions de foyers.

L’étude évalue la consommation énergétique du secteur à environ 595 pétajoules par an. Environ 90 % de son empreinte climatique serait liée aux produits cultivés dans des installations fermées ou sous environnement fortement contrôlé.

Selon les estimations moyennes de cette étude, la production d’un kilo de fleurs pourrait représenter environ :

  • 4,5 tonnes d’équivalent CO₂ pour une culture entièrement indoor ;
  • 2,5 tonnes sous serre ;
  • environ 700 kilos pour une culture en extérieur.

Ces données concernent les États-Unis. Elles ne peuvent pas être transposées directement au marché français ou européen, où le climat, le mix énergétique, les rendements et les méthodes de production diffèrent.

Elles montrent toutefois que le mode de culture peut multiplier plusieurs fois l’empreinte du même produit. Les auteurs estiment qu’un passage plus important à la culture extérieure pourrait réduire les émissions du secteur américain jusqu’à environ 76 %.

Le cannabis n’est donc pas propre simplement parce que sa feuille est verte.

La prohibition participe aussi au problème

La production clandestine empêche d’établir des normes environnementales cohérentes.

Elle rend quasiment impossible la traçabilité des produits, le contrôle des laboratoires, le traitement réglementé des déchets et l’information du consommateur sur les conditions de culture. Dans le cas du cannabis, l’illégalité peut également pousser les producteurs à privilégier des installations intérieures cachées, même lorsque la culture extérieure serait moins énergivore.

Pour les drogues de synthèse, elle encourage le rejet sauvage des produits chimiques afin d’éviter tout lien entre les déchets et le laboratoire.

Pour la cocaïne, les politiques d’éradication peuvent déplacer les cultures vers des zones encore plus reculées, sans supprimer la demande mondiale.

Dénoncer l’impact écologique des drogues ne mène donc pas automatiquement à la conclusion qu’il faudrait davantage de répression. La prohibition FAIT partie de l’équation environnementale.

Une production légale ou réglementée ne serait pas spontanément durable ou éthique. Les industries légales savent elles aussi polluer, exploiter et dissimuler leurs impacts.

Mais la réglementation permettrait au moins d’imposer des normes de production, une traçabilité, des contrôles sanitaires, des limites énergétiques et un traitement des déchets. Aujourd’hui, nous abandonnons entièrement ces questions à des marchés clandestins, puis nous feignons de découvrir qu’ils ne respectent aucune règle.

Pourquoi Shein est plus facile à critiquer que notre dealer

La fast fashion représente un ennemi particulièrement confortable. Elle est corporate, lointaine, visible et facilement identifiable. On peut condamner une grande marque, partager une infographie et décider d’acheter ailleurs.

Interroger notre consommation de drogues nous demande davantage. L’alternative à un vêtement de fast fashion peut être la seconde main ou une marque différente. L’alternative à une substance reste souvent de moins consommer, de changer ses habitudes ou de devenir sobre. Le coût personnel n’est pas le même.

Reconnaître l’impact des substances signifie aussi admettre qu’une soirée prétendument progressiste peut alimenter une économie fondée sur l’exploitation, la pollution et la violence.

Un club queer, une rave anticapitaliste ou un festival doté d’une charte écologique ne rendent pas magiquement les produits consommés sur place plus propres. Le lieu peut porter de belles valeurs tout en restant traversé par les mêmes contradictions que le reste de la société.

Les jets privés polluent énormément et les multinationales portent une responsabilité largement supérieure à celle d’un individu.
Les États disposent de leviers incomparablement plus puissants que les consommateurs. Tout cela reste vrai. Mais l’existence de pollueurs plus importants ne rend pas nos propres consommations neutres. Surtuot lorsqu’on évolue dans une scène qui

Une écologie qui s’arrête exactement là où commencent nos plaisirs ressemble rapidement à une identité marketing.

« Les consommateurs financent le narcotrafic » : vrai, mais insuffisant

Les pouvoirs publics répètent que la consommation finance les trafics et les violences qui les accompagnent. Matériellement, c’est vrai. En achetant un produit illégal, nous injectons de l’argent dans une chaîne sur laquelle nous ne disposons presque d’aucune information.

Mais cette phrase devient trompeuse lorsqu’elle fait du consommateur le responsable principal d’un système entier. Les consommateurs ne décident pas des politiques de prohibition, des conditions économiques dans les pays producteurs, des mécanismes internationaux de blanchiment, de l’accès aux soins, des contrôles portuaires ou des priorités policières.

La responsabilité existe à plusieurs niveaux et elle n’est pas répartie également. Faire payer 500 euros à une personne trouvée avec un gramme ne dépollue pas un sol néerlandais ni ne protège la forêt colombienne, cela ne soigne pas une dépendance. Et cela n’empêche pas le marché français de la cocaïne de représenter plus de trois milliards d’euros par an.

La sanction individuelle donne surtout l’impression d’une action immédiate face à un phénomène infiniment plus complexe.

La RDR doit rester notre point de départ

Parler de ces dégâts ne doit pas devenir un prétexte à humilier les personnes qui consomment. La fête n’a pas besoin d’une nouvelle police de la vertu.

Elle a besoin de réduction des risques, de drug checking, d’eau gratuite, d’espaces de repos, de professionnels formés et d’un accès réel aux soins. Elle a besoin d’informations honnêtes sur la composition et le dosage des produits.

Elle a aussi besoin d’une discussion sur les rythmes de travail, les nuits interminables et la pression exercée sur les artistes, les technicien-nes et les publics pour tenir toujours plus longtemps.

Certaines consommations ne relèvent pas seulement d’un choix individuel isolé. Elles sont encouragées par l’organisation même de la fête. Quand un festival dure trois jours, que les DJs enchaînent les avions, que les équipes travaillent 21h et que le sommeil devient presque incompatible avec l’expérience proposée, les substances remplissent parfois une fonction structurelle.

Parler de responsabilité individuelle sans questionner ces conditions revient à ne regarder qu’une petite partie du problème. La réduction des risques pourrait également intégrer davantage les conséquences sociales et environnementales des produits. Informer ne signifie pas culpabiliser ou inciter.

Nous savons déjà expliquer qu’un comprimé peut être trop dosé, qu’une consommation répétée augmente certains risques et qu’un mélange peut devenir dangereux. Nous pouvons aussi expliquer qu’une substance possède une histoire matérielle, elle a été cultivée, fabriquée, transportée et vendue.

La sobriété ne doit pas devenir une supériorité morale

Il serait tout aussi dangereux de transformer les personnes sobres en individus supposément meilleurs. Certaines personnes ne consomment pas parce qu’elles n’en ont pas envie, d’autres ont connu une dépendance, prennent un traitement ou tentent de ne pas rechuter. Certaines consomment occasionnellement sans difficulté apparente et d’autres perdent rapidement le contrôle.

Nous ne disposons pas des mêmes vulnérabilités, ni du même parcours.

La fête peut cependant faire beaucoup mieux pour accueillir celles et ceux qui ne souhaitent pas consommer. Des boissons sans alcool réellement intéressantes, des espaces de repos, des horaires moins épuisants et une culture dans laquelle refuser un produit ne demande aucune justification seraient déjà un début.

Aujourd’hui, l’alcool et les drogues fonctionnent encore souvent comme un prix d’entrée social. Personne ne force officiellement à consommer. Mais tout est parfois organisé pour que tenir, danser ou sociabiliser sans substance devienne plus difficile. Tout ça mérite également d’être interrogé.

Regarder la contradiction en face

Nous n’avons pas de solution magique.

Davantage de répression ne supprimera ni les dépendances, ni la pollution chimique, ni les trafics. Fermer les yeux au nom de la liberté individuelle ne les fera pas disparaître non plus. Une politique cohérente devrait investir dans la prévention, les soins, le drug checking, la recherche et l’accompagnement social. Elle devrait aussi examiner sérieusement le rôle joué par la prohibition dans la clandestinité des méthodes de production et dans l’impossibilité d’imposer des standards environnementaux.

À l’échelle de la scène électronique, nous pouvons commencer par arrêter de raconter que nos plaisirs échappent aux rapports de pouvoir que nous dénonçons partout ailleurs. Une ligne de cocaïne n’est pas un jet privé. Un comprimé de MDMA n’est pas une multinationale pétrolière. Une personne qui consomme n’est pas responsable à elle seule du narcotrafic mondial. Mais rien de tout cela n’est neutre. Nous pouvons défendre la rdr tout en parlant des dégâts de la production. Nous pouvons refuser la stigmatisation sans participer à la banalisation et nous pouvons demander aux gouvernements de sortir de la répression automatique tout en examinant nos propres habitudes.