
Richie Hawtin, un des pionniers de la techno de Detroit, s’exprime sur les “influenceurs-DJs” dans une interview pour le média safetriptalk sur YouTube. Il déplore le fait que ces derniers accèdent à des gigs grâce à leur nombre d’abonné·es sur les réseaux, plus que pour leurs compétences en mix. Mais alors, quel est l’équilibre à trouver ? Surtout dans un contexte où les promoteurs tendent de plus en plus à se baser sur le nombre d’abonné·es pour booker les DJs. Comment se faire connaître quand on est un·e artiste émergent·e, dans une industrie où la concurrence est plus que rude ?
Remettre la musique au centre
Le fait de filmer les événements parasite l’écoute de la musique sur le dance floor. D’abord à cause du fait que les danseur·euses ne soient pas dans une forme de lâcher-prise. Mais aussi, à cause du fait qu’une part des DJs ne prennent plus le temps de construire une histoire avec leur set, mais se concentrent sur le drop. Ce qui fait l’essence d’un·e DJ reste de jouer la musique qui l’anime. Pas de suivre les tendances. Et quand on est sur un dance floor, on ne va pas se mentir, ça se sent. Un set sans âme n’a jamais déchaîné les corps. Maintenant, souhaiter un retour aux flyers pour faire sa promotion n’est pas réaliste. Les réseaux sociaux sont là : ils font partie du métier des DJs. Un équilibre est possible, mais implique de remettre la musique au centre du DJing.

L’éternelle tension underground VS mainstream
Richie Hawtin rappelle qu’à ses débuts, dans les années 1990, la musique électronique n’était que contre-culture. Aujourd’hui, la scène underground persiste, mais une partie de la musique électronique est devenue massive. Il faut pouvoir cohabiter avec ces deux scènes. Car même si les puristes de l’underground tapent sur le mainstream, elles se nourrissent mutuellement. Le mainstream développe économiquement l’industrie. L’underground garantit la diversité et la créativité de la scène. Mais comment faire en pratique ? Nous sommes beaucoup à penser que la surenchère en matière de réseaux sociaux nuit à toute la scène, underground comme plus mainstream. Mais comment faire en pratique ?
Des artistes complets
Une des pistes pour un retour à une communication pertinente est d’insérer sa pratique artistique dans ses posts : allier la musique au graphique. Dans une interview pour le média ND PROJECT, la DJ Ogazón regrette que son premier agent lui ait demandé de séparer son compte de photo et son compte professionnel de DJ : l’un ne va pas sans l’autre car c’est l’association des deux qui fait d’elle une artiste complète. Mettre un snippet de 7 secondes sur son profil, où toutes les mains sont en l’air, ne résumera jamais l’atmosphère d’une soirée. Et si on s’enlevait la pression de la caméra, au moins un peu ? La responsabilité en va de tous·tes les acteur·ices de la scène : des bookers, aux DJs en passant par les danseur·euses. Et aussi aux établissements par plus de politique de no photo/video.

