Il fallait bien que ça arrive… Après les morceaux générés en quelques secondes, les pochettes générées par IA et les débats interminables sur la définition du mot « artiste », Suno s’attaque maintenant à l’objet le plus sacralisé de la musique électronique… roulement de tambour…le vinyle.
English article.

L’entreprise vient d’ouvrir la liste d’attente de Suno Vinyl, un service qui permettra de presser sur un véritable 12 pouces les morceaux créés avec son générateur musical. Pas un petit cd souvenir gravé à l’arrache, Suno insiste lourdement sur le fait qu’il s’agira d’un disque réellement pressé. Les utilisateurs pourront faire la tracklist, personnaliser la pochette et les labels, puis recevoir leur œuvre synthétique à domicile. Prix annoncé : environ 45 dollars hors livraison.

Donc voilà voilà voilà.

Votre chanson n’a peut-être ni musicien-ne derrière elle, ni chanteur-se, ni producteur-ice qui a passé des heures à régler un kick, mais elle pourra bientôt avoir ce petit crrrrrrr au début qui donnent un petit frisson et beaucoup de crediblité…
Ah, et bizarrement, depuis l’annonce, on trouve les vinyl bros beaucoup moins bruyants que lorsqu’une femme ose mixer avec une clé USB. Alors les gars, le format physique ne garantissait pas l’authenticité ?

L’IA slop a désormais son édition physique

L’annonce pourrait presque passer pour une news random sur l’évolution du marché du vinyle. Mais pour nous, elle raconte plutôt la vitesse avec laquelle l’IA musicale cherche à récupérer tous les signes extérieurs de la création artistique (tout sauf la vraie créativité sans modèle…).

Dans la scène dance music en particulier, le vinyle porte une histoire et une valeur symbolique énormes. Presser un disque signifie encore quelque chose pour beaucoup d’artistes indés. Cela coûte de l’argent et demande du temps. On ne presse pas n’importe quel track sur vinyle. Pour un petit label, quelques centaines d’exemplaires représentent parfois un véritable risque financier.

Suno propose désormais de récupérer directement cette matérialité. Votre track peut avoir été généré en quelques secondes chrono à partir de quelques mots et finir malgré tout avec sa pochette, ses labels et son beau 12 pouces noir.

Ça ressemble à un vinyle, ça risque de sonner comme un vinyle, reste la petite question de savoir ce qu’il y a derrière la musique.
Suno vient d’inventer le vinyle sans âme.

Parce qu’on n’a toujours pas réglé la question de ce qui nourrit Suno

Il y a un peu plus d’un mois, nous publiions sur Clubbing TV un article consacré aux révélations de 404 Media autour de Suno.

Des données issues d’une fuite suggéraient que l’entreprise avait aspiré d’immenses quantités de contenus provenant notamment de Youtube, Deezer etc… Suno fait parallèlement face à plusieurs batailles judiciaires concernant l’utilisation de musique protégée pour entraîner ses modèles.

Depuis, le sujet n’a certainement pas disparu. Le 31 juillet, la GEMA a obtenu gain de cause contre Suno devant le tribunal régional de Munich dans une affaire portant précisément sur l’utilisation d’œuvres protégées. Suno conteste cette lecture et des recours restent possibles.
Mais Suno ne lâche rien et nous propose maintenant de matérialiser les résultats de son modèle sous la forme d’un objet culturel. Pardonnez nous mais c’est quand fascinant dans la chronologie.
On en est encore à se demander quels morceaux ont servi à entraîner les machines, dans quelles conditions, avec quelles autorisations et quelle rémunération pour leurs créateur-ices et pendant ce temps, oklm Suno possède déjà son service de pressage.

Un futur incertain pour la musique

Ce nouvel épisode Suno dépasse donc largement la petite guerre vinyle contre digital dont on parlait en intro.
Il faut impérativement que les interrogation sur les IA musicales restent concentrées sur ce qui se trouve avant le produit fini plus que sur le packaging final.

Qu’en pensez vous?