
David Guetta vient d’être sacré DJ n°1 mondial pour la sixième fois. Une performance impressionnante, certes. Mais qui pose encore une fois la même question : qu’est-ce qu’on classe, en fait ?
David Guetta, Martin Garrix, Anyma, Alok, Dimitri Vegas & Like Mike. Le verdict est tombé et, une fois encore, certains des plus gros noms de la musique électronique occupent les premières places du Top 100 DJs de DJ Mag.
Avec cette victoire en 2026, David Guetta devient le premier artiste à atteindre six fois la première place du classement. Et difficile de nier aujourd’hui son poids dans l’industrie : tournées gigantesques, festivals, résidences, stades complets, présence internationale permanente. C’est une carrière impressionnante, et Guetta est un DJ qui n’a plus rien à prouver. Mais bon, un peu de challenge et de surprise, ça ne ferait pas de mal. On dirait les élections en Russie, on n’est plus du tout surpris par ce classement qui tourne inlassablement avec plus ou moins le même top 5 tous les ans.
Oui, la popularité compte. La capacité d’un DJ à remplir une salle, vendre des milliers de billets, c’est un achievement. Savoir fédérer une communauté fait partie du métier. Construire un show qui fonctionne face à plusieurs dizaines de milliers de personnes aussi.
Mais est-ce suffisant pour déterminer qui est le meilleur DJ du monde ?
Le Top 100 ne mesure pas vraiment la compétence de DJ
Une grande partie du nœud vient directement de la manière dont le classement est perçu.
Le Top 100 DJs est avant tout un vote de popularité ouvert au public. Les votants choisissent leurs DJs favoris. Ils ne sont pas invités à juger la qualité du mix, la sélection musicale, la capacité à construire un set, à improviser, à lire un dancefloor ou à prendre des risques. On ne leur demande pas non plus quel DJ est capable de retourner une salle difficile, de jouer quatre heures sans perdre son public ou d’introduire des morceaux inconnus dans son set. On leur demande simplement qui sont leurs DJs préférés. Mais le DJ le plus aimé n’est pas le meilleur DJ du monde.
Comment comparer des DJs qui ne font même pas le même métier ?
Le Top 100 finit aussi surtout par favoriser ceux qui disposent déjà de la plus grande exposition. Et forcément, ce qui est le plus populaire est souvent aussi ce qui est le plus commercial, le mieux distribué, le plus visible sur les festivals, les réseaux et les grosses scènes internationales. Résultat : toute une partie de l’underground se retrouve mécaniquement reléguée au second plan.
À ce compte-là, faudrait-il ajouter un jury professionnel au vote du public ? Des DJs expérimentés, des programmateurs, des producteurs, des acteurs de clubs capables d’évaluer autre chose que la popularité.
David Guetta lui-même pourrait très bien faire partie d’un tel jury : après plusieurs décennies au sommet, pourquoi ne pas aussi laisser davantage de place à une nouvelle génération ? Cela pose presque une autre question : le Top 100 est-il devenu une sorte de récompense de fin de carrière, un objectif que l’on atteint une fois que l’on a suffisamment “roulé sa bosse” ?
Faire évoluer le Top 100 ?
Peut-être en partie. Mais surtout, il serait temps d’affiner les catégories. Comparer David Guetta et Boris Brejcha, par exemple, n’a quasiment aucun sens. Le premier évolue dans une logique de spectacle mondial, de hits, de production massive et de show XXL, le second construit son identité autour d’un univers sonore, d’un format de performance et d’un public complètement différents.
Même constat entre Charlotte de Witte, Armin van Buuren, FISHER ou un selector house capable de construire quatre heures de set dans un club. Tout le monde porte l’étiquette “DJ”, mais les compétences, les intentions et même les contextes de performance n’ont parfois rien à voir. Or, dans un vote global de popularité, celui qui possède la plus grosse machine médiatique, le plus gros budget de production part avec un avantage.
Donc, on ne sait plus vraiment si l’on récompense le meilleur DJ, le plus gros entertainer, le plus gros headliner de l’industrie.

