
Le DJ a interrompu son set à Genève après plusieurs intrusions et comportements déplacés autour du booth. Sa réaction est parfaitement compréhensible et rappelle aussi à quel point la scène électro sait défendre certaines limites avec forcet beaucoup moins systématiquement d’autres. English article.
Samedi 5 septembre, pendant son set au Motel Campo à Genève, DJ Nobu a fait quelque chose qu’il dit n’avoir jamais fait auparavant. Couper lui-même la musique.

Des personnes tentaient de toucher ses clés USB, entraient dans le booth, passaient leurs bras autour de lui pour prendre des photos ou lui envoyaient la lumière de leurs téléphones au visage. Dans un communiqué publié ensuite sur Instagram et relayé par Resident Advisor, le DJ japonais explique avoir considéré que la situation n’était « plus normale » et avoir baissé le fader pour s’adresser directement au public. Après son intervention, raconte-t-il, l’atmosphère s’est nettement améliorée et la soirée a pu continuer.
Il a eu raison de poser une limite. Un booth n’est pas un photomaton et payer son entrée ne donne pas accès au corps du DJ, à son matériel ou à son espace de travail. Mais cette histoire provoque chez nous aussi une autre réflexion.
On sait donc s’indigner collectivement
Quelques heures suffisent généralement pour qu’un comportement irrespectueux envers un DJ soit commenté, partagé et condamné. Quand un artiste explique qu’une limite a été franchie, son témoignage est entendu. On rappelle immédiatement qu’il faut respecter les artistes, leur espace, leur concentration et leurs conditions de travail.
Et inversement, quand un-e DJ dépasse les limites (envers la sécurité ou son public par exemple) internet se fait une joie de faire un callout assez agressif, surtout lorsqu’il s’agit d’une femme.
On aimerait retrouver cette même détermination lorsque les personnes qui racontent avoir été agressées ou harcelées dans cette industrie sont des femmes.
Et la question ne concerne pas seulement ce qui arrive au public sur le dancefloor. Elle concerne aussi celles qui travaillent dans la scène, toutes les pros qui doivent faire tous les jours avec ces agresseurs.
Le UK Musicians’ Census révélait ainsi que 33 % des femmes interrogées avaient subi du harcèlement sexuel dans le cadre de leur travail de musicienne. Une étude européenne consacrée aux violences sexualisées dans les environnements nocturnes relevait de son côté que 46,4 % des femmes interrogées déclaraient subir « toujours » ou « très souvent » certaines formes normalisées de violences sexuelles lorsqu’elles sortaient la nuit.
Pourtant, lorsqu’une affaire de violences sexuelles traverse le milieu musical, la solidarité devient souvent beaucoup plus compliquée. Les prises de parole se font rares. Certains expliquent qu’ils ne savent pas quoi dire. D’autres préfèrent ne pas « prendre parti ». On continue parfois à partager un lineup, accepter un booking ou faire comme si le sujet appartenait uniquement aux personnes directement concernées.
Évidemment, respecter la présomption d’innocence et distinguer une accusation d’une condamnation judiciaire reste indispensable. Cela n’empêche absolument pas de soutenir les victimes, de demander que les signalements soient pris au sérieux, d’exiger des procédures de safeguarding ou de refuser que des comportements dangereux soient banalisés.
Le respect ne peut pas s’arrêter à la porte du booth
DJ Nobu écrit que les personnes qui ne respectent ni le dancefloor, ni le booth, ni ceux qui les entourent peuvent détruire l’atmosphère que tout le monde essaie de construire ensemble. C’est la partie la plus intéressante de son message parce que cette responsabilité collective existe aussi lorsque des femmes expliquent qu’elles ne se sentent plus en sécurité dans les mêmes clubs, festivals, backstage et réseaux professionnels où nous sommes censé-es construire cette culture ensemble.
Voir des artistes défendre publiquement les règles du dancefloor est une bonne chose. Voir davantage de DJs utiliser cette même visibilité lorsqu’il est question de violences sexuelles rendrait probablement cette scène beaucoup plus sûre pour les femmes qui y travaillent. Si une main posée sur une clé USB peut suffire à arrêter la musique, les récits de violences sexuelles devraient au minimum suffire à arrêter le réflexe de détourner le regard.
Et on ne parle pas de faire un reel et de ne plus jamais parler du problème….

