Au Royaume-Uni, les derniers chiffres sur la cocaïne racontent une histoire que le monde de la fête connaît déjà, mais qu’il continue souvent à traiter à moitié. La cocaïne circule plus forte, plus disponible, parfois moins chère. Les décès augmentent. Et les lieux où l’on sort, clubs, festivals, grands événements, restent en première ligne, qu’ils le veuillent ou non.

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Selon une enquête de The Independent, des échantillons récupérés au Cheltenham Festival ont révélé une cocaïne à 85% de pureté. En parallèle, les décès impliquant la cocaïne ont atteint un niveau record en Angleterre et au Pays de Galles, avec 1 279 morts en 2024. Derrière ces chiffres, celà montre que les usages existent, les produits changent, et que l’information n’arrive pas toujours jusqu’aux personnes concernées.

Dans les milieux festifs, on préfère souvent gérer cette question par la façade et/ou la répression. Des fouilles à l’entrée, des chiens, des messages “zErO tOlErAnce”, des communiqués après un incident. Tout cela donne l’impression qu’un cadre existe. Mais ce cadre montre vite ses limites quand les consos se déplacent dans les toilettes, les coins sombres, les afters, les appartements, ou simplement dans le silence. Les gens n’arrêtent pas forcément de consommer parce qu’un lieu affiche une interdiction. Ils consomment parfois avec moins d’information, plus de peur, et plus de retard au moment de demander de l’aide.

C’est pour ça que la rdr devrait être pensée comme une partie normale de l’organisation d’une soirée, au même titre que la sécurité, les secours ou l’accès à l’eau. Pas comme un supplément militant qu’on ajoute quand il reste un peu de budget mais comme une présence réelle, visible, formée, capable de parler aux gens sans les infantiliser.

La hausse de la pureté rend cette urgence encore plus évidente. Une personne qui pense connaître ses limites peut se retrouver face à un produit beaucoup plus fort que prévu. Le mélange avec l’alcool augmente les risques. La chaleur, la fatigue, la déshydratation, l’enchaînement des soirées ou la pression du groupe peuvent aggraver une situation très vite. Dans ces moments-là, le discours moral ne sert plus à grand-chose. Ce qui compte, c’est de savoir reconnaître les signes, ralentir, demander de l’aide, ne pas laisser quelqu’un seul, avoir accès à des personnes formées.

La RDR, dans un club ou un festival, ce n’est pas un grand slogan. C’est souvent très concret. De l’eau gratuite et facile à trouver. Un espace calme où l’on peut se poser sans être traité comme un problème. Des équipes identifiables qui savent quoi faire quand quelqu’un ne va pas bien. Des messages simples sur les mélanges à risque. Des informations claires, pas culpabilisantes. Et, quand c’est possible, des dispositifs de drug checking pour que les personnes puissent savoir davantage ce qu’elles ont entre les mains.

Le testing ne rend pas une consommation sûre. Rien ne le fait. Mais l’absence d’information rend les choses plus dangereuses. Dans un marché illégal, personne ne reçoit d’étiquette, de dosage, de composition fiable. Faire comme si le public allait être protégé par l’ignorance est une illusion qui a déjà coûté trop cher.

La scène électronique a une responsabilité, parce qu’elle sait très bien ce que la nuit peut produire de beau mais aussi de fragile. Elle sait la puissance d’un dancefloor, l’abandon, la chaleur collective, les corps qui tiennent jusqu’au matin. Elle sait aussi ce qui peut basculer quand quelqu’un va mal et que personne n’ose intervenir, par peur de gâcher la soirée, de se faire sortir, ou d’attirer l’attention.

On ne peut pas construire toute une économie sur l’intensité de la fête et laisser la prévention hors champ. Les organisateurs ne peuvent pas contrôler chaque geste du public, mais ils peuvent créer des conditions moins dangereuses. Ils peuvent former leurs équipes. Ils peuvent travailler avec des associations spécialisées. Ils peuvent arrêter de considérer la rdr comme une menace pour leur image. Ils peuvent comprendre qu’un événement paraît beaucoup plus sérieux quand il protège son public que quand il prétend que rien n’existe.

Il faut aussi sortir de cette hypocrisie qui dit que les drogues sont un problème tant qu’on en parle, mais disparaissent dès qu’on les tait. C’est souvent l’inverse. Le silence isole et la honte retarde les demandes d’aide. La peur de la sanction pousse les gens à cacher ce qu’ils ont pris, même au moment où cette information pourrait être vitale pour les secours.

La rdr ne règlera pas tout. Elle ne supprimera ni les consommations, ni les accidents, ni les trafics. Mais elle peut éviter des drames, rendre les consommateur-ices moins seul-es. Et elle peut donner aux équipes les bons réflexes de vigilence.

Avec la saison des festivals qui arrive, on aimerait que la sécurité des publics fasse partie de l’orga avec le même sérieu.. Pas seulement à travers des barrières, des posters et des fouilles. Aussi à travers de l’information, de l’écoute, du soin, des espaces de repos, du testing, des équipes formées.

La nuit n’a jamais été un espace parfaitement nickel et surtout jamais safe. Plus un espace repose sur le lâcher-prise, plus il devrait être entouré de garde-fous intelligents.

La réduction des risques n’empêche pas la fête mais ellle permet parfois qu’elle ne finisse pas aux urgences.