
L’an dernier, notre relevé manuel des line-ups d’Ibiza donnait un chiffre déjà assez parlant : en 2025, seules 22% des artistes booké·es dans les principaux clubs de l’île étaient des femmes ou artistes non binaires. Et 21% en 2023...
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Après plusieurs semaines à passer en revue les lineups annoncés pour 2026 sur Ibiza Spotlight, le constat ne change presque pas.
Après dédoublonnage, notre relevé provisoire 2026 compte 1 148 artistes/projets uniques dans les line-ups analysés. Parmi eux, 262 sont des femmes, des artistes non-binaires ou des projets incluant au moins une femme, contre 886 hommes/projets masculins. Cela représente 22,8% du total.
En comptage cumulé par résidence, le chiffre reste très proche : 424 présences féminines/minorités de genre sur 1 893 bookings cumulés, soit 22,4%. Mais pour comparer avec 2025, nous retenons le chiffre dédoublonné.
Autrement dit : Ibiza s’en fout un peu.

La marge d’erreur existe, évidemment. Ce travail est manuel, réalisé à partir des lineups annoncés publiquement, des listings Ibiza Spotlight et des corrections apportées au fur et à mesure. Certaines dates restent incomplètes, notamment pour Circoloco, où une partie d’août et septembre n’est pas encore annoncée. Les “TBA” n’ont pas été comptés. Les B2B ont été séparés quand deux artistes étaient nommés. Les projets mixtes ont été inclus dans la catégorie femmes / minorités de genre lorsqu’ils comprenaient au moins une femme ou une personne non-binaire.
Mais même avec cette prudence, le déséquilibre reste massif.
Les soirées les plus équilibrées
Quelques résidences ressortent nettement du lot. En tête, on trouve Our House de Meduza & James Hype à Hï Ibiza, avec 36 femmes ou artistes issu·es de minorités de genre sur 82 artistes/projets comptés, soit 43,9%. C’est l’un des rares line-ups à approcher une forme d’équilibre réel. On est ravies que la résidence n’ait pas fait son marketing là dessus et on lève donc notre chapeau à deux reprises.
Viennent ensuite Teletech à Amnesia, avec 41,5% (avec toutes les accusations envers les DJs de Hard Techno homme on en attendait pas moins), puis Flower Power à Pacha, avec 40,9%. Dom Dolla à Hï Ibiza atteint 35,2%, tandis que Sonny Fodera à Pacha arrive à 33,3%.
Ces chiffres montrent que quand la volonté existe, les artistes existent aussi. Il n’y a pas de problème de vivier, ou de « mais ya pas assez de femmes dj » Il n’y a pas de manque de talent. Il y a des progs qui font l’effort, et d’autres qui ne le font pas (du tout).
Parmi les meilleurs scores de cette première analyse 2026, on retrouve aussi Pyramid à Amnesia avec 31,3%, Major League DJz au Club Chinois avec 30,5%, Kettama / Steel City à Amnesia avec 30%, Defected au Club Chinois avec 29,7%, et Metamorfosi de Joseph Capriati à Amnesia avec 29,1%.
Ces soirées ne sont pas parfaites car elles restent majoritairement masculines. Mais elles prouvent qu’un line-up à 30% ou plus n’a rien d’impossible, même dans les clubs les plus exposés d’Ibiza.
Les lineups qui restent très loin du compte
À l’autre bout du classement, certains événements restent extrêmement masculins.
Calvin Harris Friday à Ushuaïa affiche 0% de femmes ou minorités de genre dans les artistes annoncés. BLOND:ISH presents Abracadabra à Pacha tombe à 7,1%, comme quoi être une femme ne vous délivre pas des biais. Bedouin presents Saga au Club Chinois à 7,9%, et HUGEL presents Make The Girls Dance à Hï Ibiza à 9%.
Le nom de cette dernière soirée rend le chiffre encore plus ironique : “Make The Girls Dance”, mais pas vraiment “Make The Girls Play”.
FISHER à UNVRS et David Guetta presents Galactic Circus à UNVRS sont tous les deux à 9,4%. Music On de Marco Carola à Pacha est à 11,3% (on aime les femmes dans le booth mais pas derrière les platines), Francis Mercier presents Solèy à Hï Ibiza à 12,3%, Claptone presents The Masquerade au Club Chinois à 14,5%, et Eastenderz à Hï Ibiza à 14,9%.
Dans ces line-ups, les femmes restent l’exception. Le squelette de la programmation, lui, demeure très largement masculin.
Par club, Amnesia se détache
Si l’on regarde les chiffres par club, Amnesia ressort comme le meilleur élève de ce relevé provisoire, avec 110 femmes ou minorités de genre sur 369 artistes/projets cumulés, soit 29,8%.
Derrière, Club Chinois est à 22,2%, Hï Ibiza à 21,3%, Ushuaïa à 20,6%, Pacha à 19%, et UNVRS à 19%.
Là aussi, il faut rester prudent car tous les clubs n’ont pas exactement le même nombre de résidences analysées, et certaines programmations sont encore incomplètes. Mais la tendance est claire. Sur les gros clubs, on est rarement au-dessus de 30%. Et la plupart tournent autour de 20%.

2025 : 22%. 2026 : 22,4%
Le point le plus important est là.
En 2025, nous avions compté 214 femmes ou artistes non-binaires sur 980 artistes booké·es, soit 22%.
En 2026 262 sont des femmes, des artistes non-binaires ou des projets incluant au moins une femme, contre 886 hommes/projets masculins. Cela représente 22,8% du total.
En comparant uniquement les résidences présentes dans les deux relevés, la progression reste limitée : la moyenne passe de 20.8% en 2025 à 22.8% en 2026, soit seulement +2 points. Certaines soirées progressent nettement, comme Flower Power, Sonny Fodera ou Metamorfosi, mais d’autres reculent fortement, notamment Solèy, David Guetta, BLOND:ISH et Black Coffee. Autrement dit, il y a des améliorations ponctuelles, mais pas encore de changement structurel homogène.
La progression est donc minime.
On peut bien sûr se réjouir de voir certaines soirées faire mieux. On peut noter que quelques programmations dépassent les 30%, voire les 40%. Mais le chiffre global raconte que l’industrie sait faire des efforts ponctuels et beaucoup moins transformer ses habitudes.

Le problème, c’est l’accès.
Qui est invité à revenir chaque année ? Qui est placé sur les meilleurs slots ? Qui est booké dans plusieurs résidences ? Qui devient un token ? Qui bénéficie du réseau, des agents, des échanges de dates, des b2B stratégiques, des résidences entre bros ?
Il y a aussi un autre « problème » et c’est celui de certaines femmes qui semblent parfois utilisées comme des token pour cocher la case diversité sans vraiment ouvrir la porte aux autres. Le syndrome de la Schtroumpfette quoi. On retrouve les mêmes noms féminins dans plusieurs résidences, parfois cinq ou six fois dans la saison, pendant que des dizaines d’autres artistes restent invisibles. Bien sûr, ces DJs méritent leurs bookings. Mais biza préfère souvent recycler les mêmes profils, femmes comme hommes. Résultat : même quand les chiffres progressent un peu, l’espace ne s’élargit pas vraiment. Il se concentre autour d’une poignée de noms qui deviennent les exceptions acceptables d’un système toujours majoritairement masculin.
C’est là que le déséquilibre se construit.
Alors “où sont les femmes ?”
Elles sont là. Elles tournent. Elles produisent. Elles remplissent des clubs. Elles construisent des scènes, des labels, des radios, des communautés. Elles existent déjà dans toutes les esthétiques : house, techno, afro house, disco, hard techno, minimal, UKG, melodic techno….
La vraie question est : qui leur laisse de la place ? Et surtout, qui continue à ne pas le faire, tout en prétendant que la scène avance ?
Le document de travail est disponible ici.

