
On parle souvent des DJs qui acceptent des cachets trop bas comme s’iels étaient naïfs, égoïstes, ou responsables de tirer toute la scène vers le bas. C’est plus compliqué que ça et surtout c’est une problématique moindre comparée à celle des trop hauts cachets…
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Commençons par les « bonnes » raisons qui font que vous acceptez un petit cachet, du moins des raisons qui sont compréhensibles..
Le syndrome de l’imposteur
Il y a aussi ce moment, surtout au début, où tu ne sais pas encore combien tu vaux. Tu as peur de demander trop, peur de paraître compliquée ou alors peur qu’on ne te rappelle plus si tu demandes trop. Alors tu acceptes moins que ce que tu devrais, en te disant que tu vas faire tes preuves, que la prochaine fois ce sera mieux, que c’est déjà bien d’être bookée. Et parfois, la prochaine fois n’arrive jamais. Ou elle arrive avec le même fee.
La précarité
Quand l’argent est instable, dire non devient un luxe. Quand tu as peu de dates, un petit cachet peut sembler mieux que rien. Même si, une fois les transports (taxis pas défrayés par ex), les achats de tracks, la préparation et la fatigue comptés, il ne reste presque rien. On accepte pour garder un pied dans le circuit ou pour faire ses cachets…
Le besoin de prouver qu’on existe
Et puis il y a le besoin d’exister, surtout sur les réseaux. Le besoin d’avoir quelque chose à montrer. Une date à poster. Des photos. Un reel. Une story repartagée par un club. Un petit signe extérieur que quelque chose avance. Dans une industrie obsédée par la preuve sociale, ne pas jouer peut vite donner l’impression de ne plus exister.
Ensuite il y a les raisons qui sont plus discutables…
La concurrence qui abîme tout le monde
Et c’est là que la concurrence fait son sale boulot, parce que tout le monde sait que si tu refuses, quelqu’un d’autre acceptera. Parce qu’elle aussi essaie d’exister dans une scène où beaucoup veulent une place et très peu peuvent vraiment en vivre. C’est particulièrement visible avec certains formats très désirés (et problématiques..), type Boiler Room. L’opportunité devient tellement rare que le rapport de force disparaît presque complètement.
La visibilité en salaire
Parfois, on accepte parce qu’on nous a appris que jouer était déjà une chance. Comme si être sur un flyer, avoir son nom entre deux artistes plus connus, poster une story depuis le booth, c’était presque un salaire. Tu devrais être contente, reconnaissante, comprendre que « ça va t’apporter de la visibilité ». Sauf que la visibilité ne paie pas les pates ou les tracks.
Le privilège de pouvoir jouer pour presque rien
Il y a aussi une question de privilège qui est bien bien camouflée. Accepter 100 ou 200 euros n’a pas le même sens selon ta situation. Si tu peux te permettre de jouer presque gratuitement parce que ton loyer ne dépend pas de ça, tu n’as pas le même pouvoir de négociation que quelqu’un qui compte sur ses dates pour payer ses factures. Dans une scène qui adore parler de passion, on oublie souvent que tout le monde n’a pas les mêmes marges de sécurité.
Et les vraies bonnes raisons?
Il y a parfois de bonnes raisons d’accepter un petit fee. Un collectif qui n’a pas d’argent mais qui paie tout le monde pareil, un line-up cohérent, une soirée bénévole, transparente, où personne ne se gave sur ton dos. Dans ces cas-là, ce n’est pas forcément de l’exploitation car les conditions sont claires dès le départ.
Les vraies mauvaises raisons, celles qu’on connaît trop bien
Accepter parce qu’on t’a fait croire que tu devrais être honorée. Accepter parce qu’on te met la pression. Accepter parce que l’orga a trouvé de l’argent pour la tête d’affiche, la déco, la com, les vidéos, mais plus rien pour les locaux. Accepter parce qu’on te promet “plus tard” alors que “plus tard” veut souvent dire jamais.
Les gros fees étranglent parfois les clubs et les festivals. Les petits fees, eux, précarisent celles et ceux qui font vivre la scène toute l’année. Et à force, on garde surtout ceux qui peuvent se permettre de perdre de l’argent.

